“Faire souffrir est la seule façon de se tromper.” Caligula, Camus

Faire souffrir est, semble t-il, un passage obligé. Que nous le fassions délibérément ou pas, tout le monde est un jour bourreau. Une parole malheureuse, une action inconsidérée, un geste démesuré font de nous des bourreaux occasionnels et, normalement, repentants. La repentance vient de la réflexion, de la remise en question qui fait que l’homme est Homme. Une fois la prise de conscience effectuée grâce à la réflexion, le bourreau occasionnel et involontaire atteint la vérité morale -et fluctuante donc- et doit alors réparer son erreur et s’excuser auprès de sa victime. Il scelle alors un accord avec sa conscience, sa morale, et peut continuer à évoluer positivement sur le chemin de sa vie.

Mais que dire de ceux, et celles, qui restent dans l’erreur? Il apparaît plusieurs raisons à leur inconséquence:

1. Une absence totale de sens moral soit par limitation intellectuelle, soit par limitation culturelle. Par culturelle il faut comprendre sociétale et éducative. L’enfant à qui le parent n’a jamais appris le « non », n’a jamais posé de limites, par paresse et/ou par peur d’assumer son rôle d’adulte, ne peut avoir suffisamment de recul pour analyser son comportement. En effet, il n’a pas les repères fondamentaux essentiels à toute prise de conscience et, par paresse d’esprit liée à son éducation, ne les cherchera surtout pas.

2. Le sadisme. Il est tout à fait possible, et légitime, d’imaginer que certains bourreaux se repaissent, jouissent de la souffrance de leur victime, ayant ainsi l’impression d’exister, d’être puissants.

3. L’incapacité à s’assumer. Cette raison ressemble à la première, bien qu’elle soit plus subtile. En effet, l’individu incapable d’assumer ses actes, d’agir en adulte responsable, va toujours devenir le bourreau de la personne qu’il tient pour responsable de ses erreurs ou incapacités. Il va donc s’acharner dans la violence, verbale ou physique, dans le mensonge, le déni, la diffamation car il va chercher à se victimiser, croyant ainsi susciter la compassion. Il aura donc l’illusion de sortir vainqueur d’un combat auto-suggéré. Par conséquent, il n’aura pas à réfléchir sur lui-même, à s’assumer, à découvrir ses facettes peu reluisantes, à agir en adulte donc, et pourra  vivre dans l’illusion qu’il est un homme de bien, victime de la méchanceté de ceux/celles qui l’entourent. Il va de soi qu’un tel comportement à ses limites dans le temps car personne ne reste dupe longtemps, à moins de faire partie de la famille des décérébrés.

Finalement, peu importe la catégorie à laquelle appartient le bourreau assumé. On trouve des points communs à celles précitées: l’absence d’empathie, de compassion et de réflexion. Celles-ci suffisent à pouvoir affirmer que les tourmenteurs ne se grandissent pas. Grandir en Homme, en humain, c’est réfléchir, c’est poser les jalons de valeurs réfléchies, pensées, digérées et assumées. Grandir c’est être capable de voir ses erreurs, ses faiblesses et de les combattre. Grandir c’est être capable de voir le paradoxe entre ce que l’on pense être (un homme de bien, tout le monde pense en être un…) et nos actions, parfois aux antipodes. Grandir c’est voir les personnes que l’on choisit avec lucidité et ne pas les imaginer comme morales quand elles sont adeptes de la trahison, de l’immoralité, du vol, de la torture morale et du mépris. Grandir c’est se demander si nos comportements nous choqueraient de la part de tiers, si nos comportements pourront servir d’exemple à nos enfants. Grandir c’est ne pas s’inventer d’excuse, ne pas être lâche face à soi-même et avoir des valeurs et engagements auxquels on se tient. En somme, grandir c’est se regarder avec lucidité et justesse, se respecter et respecter les autres et, si cela n’a pas été le cas, se repentir dans l’espoir d’amoindrir la souffrance de la victime.

S’obstiner à faire souffrir, oui, c’est la seule façon de se tromper

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