« Son drame n’était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être. » L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera

L’insoutenable légèreté de l’être c’est agir sans temps de latence nécessaire à la réflexion. C’est renier ce à quoi on croyait -ou du moins ce qu’on exposait comme tel- ses valeurs, ses principes, ses engagements, sans la lenteur nécessaire à toute décision et sans laisser de droit de réponse. C’est l’égoïsme à l’état pur, caché derrière de sirupeuses excuses auto-suggérées ou insidieusement martelées par des gens flagorneurs, prêts à toutes les bassesses pour, eux aussi, contenter leur légèreté. C’est s’entourer de flatteurs -que l’on refuse de voir comme tels- pour contenter un ego démesuré, sans réaliser que la flatterie dure le temps d’une saison. L’insoutenable légèreté de l’être c’est courir dos au vent, refuser de l’affronter de face. C’est la fuite en avant pour éviter de remonter ses manches et mettre ses mains dans le pétrin. C’est agir de façon inconsidérée, parfois en mentant éhontément, sans penser aux conséquences de ses actes, sans avoir le courage de se confronter à ceux que l’on fuit, que l’on trahit. C’est être impoli, désobligeant, bas et le justifier.

L’insoutenable légèreté de l’être c’est s’entourer de gens aveugles, non pas parce qu’ils ne voient pas mais parce qu’ils refusent de voir, de gens muets non pas parce qu’ils ne peuvent parler mais parce qu’ils préfèrent se taire, plutôt que de dire des vérités dérangeantes. C’est galoper pour éviter de devoir regarder en arrière et  voir ce qu’on a piétiné.

L’insoutenable légèreté de l’être c’est de croire que l’on est vierge de tout, que la mémoire se formate comme un disque dur et que vouloir effacer suffit à le faire. C’est penser que parce qu’on fuit, parce qu’on tourne le dos, on oubliera. C’est imaginer que le mépris du passé permet d’aller de l’avant, que plus vite on avance, plus vite on tourne les pages. C’est croire que l’autre que l’on respectait, que l’on aimait, n’est rien parce qu’on le décide. C’est croire que l’on a un pouvoir sur les autres hommes, pouvoir de nier leur existence, pouvoir de les remplacer comme on remplace un jouet que l’on a cassé par manque de soin.

L’insoutenable légèreté de l’être c’est ne pas savoir que toutes nos actions ont des répercussions, sur nous ou sur les autres. C’est vivre dans un cocon de mauvaise foi, n’avoir de respect pour personne, y compris pour soi. Car, l’humain qui se respecte, qui respecte sa condition humaine, avec tout ce que cela implique de différence avec l’animal, c’est à dire la conscience et la raison, au sens des Lumières, ne peut pas faire preuve de légèreté.

L’insoutenable légèreté de l’être, c’est accuser l’autre d’être à l’origine des problèmes, d’être fou, irraisonné, et de ne pas regarder et reconnaître ses failles et ses manquements. C’est être soulagé d’avoir choisi la facilité, sans réaliser que la facilité est éphémère.

L’insoutenable légèreté de l’être, c’est ne s’intéresser qu’à soi ou aux gens comme soi. C’est rester dans son champ d’action, ne pas élargir son horizon afin de ne pas se confronter à l’apprentissage.

La pesanteur, à l’inverse, c’est la capacité de croire qu’on affronte les problèmes, que l’on se bat pour les idées qui nous sont importantes, pour les choses auxquelles on croit, pour ses engagements. C’est penser que tout se transforme, que l’homme évolue et que toute relation aux autres se construit, pour peu qu’on veuille y mettre du sien et reconnaître ses erreurs. C’est croire que tout ce qui a été ébranlé se rebâtit, se reconstruit.

La pesanteur c’est la naïveté de faire confiance, de croire ce que l’autre dit, parce qu’on croyait avoir des valeurs communes. C’est d’écouter l’autre, dans toute la violence de sa légèreté, de lui tendre la main, sans penser à la morsure prochaine, car la pesanteur c’est la responsabilité. La responsabilité face à soi, face aux autres,face  aux engagements signés, face aux fondations d’un édifice bâti avec l’autre.

La pesanteur c’est, face à l’insoutenable légèreté de l’autre, se remettre encore en question et chercher ses fautes, fautes qui expliqueraient le mépris de la légèreté. C’est reconnaître clairement ses erreurs, faire son mea culpa. C’est l’angoisse indicible d’être responsable des comportements des autres. C’est l’horreur de croire que l’on mérite la légèreté martelée, érigée en religion.

Finalement, la pesanteur c’est un courage presque fou, obstiné, naïf. Car on croit en l’autre, en son humanité. On croit que l’autre aussi se battra. On croit aux promesses faites au gré du vent, promesses qui seront réutilisées pour d’autres personnes.

La pesanteur c’est réaliser que faire preuve de légèreté, de l’insoutenable légèreté de l’être, est un choix facile, un choix que l’on fait car finalement, on ne croit en rien. L’insoutenable légèreté de l’être est la voie insipide du bonheur éphémère, immédiat. C’est le chemin bancal des constructions en carton, aux fondations rongées, belles jusqu’à ce qu’elles meurent. C’est la route des faux semblants.  C’est l’autoroute de la superficialité, des bijoux en toc et des faux diamants. La pesanteur c’est le sentier escarpé, piègeux. C’est le travail de mineurs, qui, à force de piocher, trouvent le joyau brut!

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