“Nos doutes sont des traîtres qui nous font souvent perdre par crainte d’entreprendre la bataille que nous pourrions gagner.” Richard III, William Shakespeare

J’ai, en grandissant, appris à me méfier des gens remplis de certitudes, comme de ceux qui doutent de tout. Les doutes et les certitudes ne doivent pas exister dans l’excès, ils ne font que mener aux erreurs.
Il n’est pas possible, dans la durée, d’avoir toujours les mêmes certitudes, ni les mêmes doutes d’ailleurs.
Le pire, le plus dérangeant à mon sens, n’est pas tellement celui infatué de ses certitudes, car celui-là est souvent plus ridicule que dangereux puisque ses assertions font de lui un schtroumpf à lunettes, risible et agaçant.
Le pire, donc, est celui qui doute de tout. En effet, si douter est normal et bénéfique car cela permet une élévation intellectuelle et spirituelle, l’excès de questionnement a l’effet inverse. Il peut mener à la fuite car il empêche le raisonnement rationnel, logique et donc la résolution des questions posées. Cela amène donc à perdre des batailles avant même de les avoir commencées, tout simplement car les interrogations ont amené un état de panique qui pousse à faire tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi d’ailleurs, pour juguler au plus vite l’angoisse générée par ces doutes. Tout se fait donc dans la précipitation, dans la course, afin d’atteindre un état de sérénité illusoire. Illusoire car, comme disait La Fontaine -décidément, encore lui…-
« Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage. »
Oui, plus on se laisse le temps pour résoudre ses doutes, moins ceux-ci sont forts, moins ils nous gouvernent. Plus on se presse, plus ils reviennent plus forts, plus menaçants, plus encombrants.
L’illusion réside aussi dans le fait de croire que les questionnements sont résolus, par la force et la rage donc, et d’être persuadé que c’est le cas. D’avoir l’impression d’avoir choisi la bonne route. Tant qu’on est pas sûr et convaincu, il y a de quoi s’interroger sur la justesse de la solution trouvée, a fortiori quand on se jette ventre à terre dans quelque chose pour se confirmer sa décision. Certains individus ont un talent indéniable pour agir ainsi, pour user de persuasion à leur propre encontre. Il ne sert d’ailleurs à rien d’essayer de les raisonner, ils ne sont pas de mauvaise foi, ils croient réellement avoir raison. Ils sont dans un déni tel -ou une limitation intellectuelle, un manque de courage etc… Toutes les raisons sont imaginables- que rien ne les atteint. Les œillères bien en place, ils s’aveuglent donc à la vérité, plus ou moins consciemment. Ils donnent le change et tout l’entourage, au sens large, se félicite de la conviction de la personne qui semble épanouie par ses décisions et qui, sans doute, l’est!
Cela peut très bien fonctionner un temps plus ou moins long. Peut-être toujours d’ailleurs, dans ce cas, il y a fort à parier qu’on passera à côté de sa vie, par opiniâtreté absurde, par fierté mal placée, par absence de conscience, ce qui est un choix comme un autre. Mais, quand -ou si- les œillères tomberont la lumière risque d’être d’une violence inouïe car les doutes reviendront avec une force grandissante et on sera son propre bourreau, car la culpabilité se mêlera aux questions et tout sera à recommencer, en espérant qu’alors des leçons auront été tirées des expériences vécues.
C’est sans aucune condescendance que je tire ces conclusions. Je ne suis pas à l’abri de me tromper, de faire n’importe quoi. Je crois cependant que j’ai compris que la précipitation ne valait rien et que donc, j’échappe à certains écueils. Pour autant, je me perds aussi en chemin, je m’égare, je suis victime de mes propres errements intellectuels ou hormonaux… Néanmoins, j’essaie de ne pas faire taire ma conscience et ainsi, je peux me rendre compte de mes erreurs, même si c’est tardivement, même si c’est maladroitement. Mais, quoi qu’il en soit, ce cheminement est personnel. On ne peut, ni ne doit, mettre l’autre sur une des routes de l’embranchement. Il doit faire sa propre route, même s’ il s’égare, même s’il se fourvoie. Si on aime l’autre -et je parle d’amour général- on doit le laisser libre de faire ses erreurs, tout en tendant la main pour le ramener à bon port si cela est demandé. Faire autre chose, pousser dans une voie ou l’autre parce qu’elle nous avantage, parce qu’elle est en adéquation avec nos désirs est vain, égoïste et malsain car c’est considérer que l’homme ou la femme en face est une marionnette dont on tire les fils. C’est pourquoi il faut se méfier de ceux qui ne nous laissent pas le temps de la réflexion, qui s’immiscent dans nos vies de façon insidieuse pour troubler nos décisions, qui ne respectent pas la distance nécessaire au choix, qui forcent le destin, qui le ploient sous leur volonté malsaine.
Le seul véritable ami/amour c’est celui qui laisse la liberté de ne pas être choisi.
“Les vrais amis n’imitent que les vertus dans leurs amis. Les flatteurs imitent les vices.” Jean Racine.

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