“On doit se consoler de ses fautes quand on a la force de les avouer. ” François de La Rochefoucauld

Parfois, après bien des jours d’attente, on reçoit enfin ce qu’on attend: l’autre qui vous dit enfin la vérité, reconnait ses fautes et les vôtres. Le mea culpa tant attendu arrive enfin et hop, le soulagement vous envahit. Joie, bonheur et confettis prennent la place de rage, tristesse et désespoir. On vit alors dans une sorte d’état de grâce, puisque les erreurs ont été reconnues et que, comme l’autre vous a présenté les vôtres, que vous aviez vu ou non, vous avez pu, à votre tour faire votre mea culpa. Les compteurs sont donc à zéro, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes comme dirait Pangloss.

Sauf que… Sauf que l’émerveillement retombé, vous commencez à réfléchir. Pour peu que, comme moi, un ami bienveillant, juriste de son état, tire sur vos paupières afin de vous faire recouvrer la vue, la joie se transforme en sentiment amer d’avoir été prise pour la dernière des crétines, crétine qui en a rajouté une couche en sautant à pieds joints dans le piège tendu. Oui. C’est à cet instant, celui du sortir de l’état béat de crétinerie donc, qu’on réalise que les excuses précitées ont été faites pro domo -pour soi. Que les prétendues excuses de l’autre n’ont pour but que d’absoudre sa conscience et, au passage, de se victimiser,devenant ainsi la Cosette des relations humaines.

Car tout l’art de ce type de fausse prise de conscience est de charger l’autre plus que soi, afin de démontrer à quel point il est un savant mélange entre Cruella d’enfer et Maléfique, une saloperie en puissance donc, adepte de la torture morale. Puis, il convient de montrer à quel point on a souffert de la méchanceté du sorcier et de la sorcière avec qui on communique. Bien sûr, pour que cela reste crédible, on n’hésite pas s’accuser de lâcheté pour ne pas avoir arrêté notre monstre sanguinaire. Par contre, hors de question de réfléchir aux raisons de la colère du vilain -et pas les raisins de la colère, parce que ça n’a rien à voir, ne mélangeons pas tout- car on pourrait découvrir qu’on en est en partie responsable. Non, le mieux donc est de faire croire en une vilenie naturelle chez la saloperie sus-nommée. L’étape suivante consiste, quand même, parce qu’il faut tout de même garder une certaine crédibilité,  à avouer ses erreurs, reconnaître ses manquements -avec des trémolos dans la voix et des violons derrière afin de renforcer la puissance dramatique- mais en se gardant bien de parler de sa plus grande faute. Malin. Le problème c’est que la technique est un peu éculée: Rousseau en son temps nous a déjà fait le coup  du mea culpa en nous avouant son vol de cerises, événement traumatisant de son enfance, rapport surtout à la raclée qu’il s’est prise quand le terrible larcin fut découvert, mais bizarrement, l’abandon de ses enfants est passé sous silence. Ses lecteurs plaignent donc le pauvre Jean-Jacques et oublient que celui-ci n’est pas l’ange qu’il voudrait nous faire croire. Bien joué! Cela fonctionne très bien car la victime de cet abus de fausses excuses les attend tellement qu’il ne voit pas la manœuvre grossière. Il faut que quelqu’un d’autre, dans mon cas le juriste donc, fasse son entrée et rappelle que le plus important c’est la force des fautes avouées et surtout les actes… Oui, car si derrière le grandiose mea culpa s’installe le silence radio, fort à parier que le/la néo-Rousseau a juste soulagé sa conscience, dans un splendide et grandiloquent baroud d’honneur et qu’il/elle est maintenant prêt à vivre sa vie tranquille, soulagé d’avoir été si noble. Mais débarrassé de vous quand même (au cas où vous auriez le malheur, rien qu’en existant d’être un rappel sur pattes de ce qu’on veut cacher!), ce qui montre déjà que la repentance était aussi vraie que les seins de Nabilla…

Son soulagement vient du fait que, souvent, face à ce type de comportement l’autre qui attendait un aveu de fautes va excuser le néo-Rousseau, voire présenter ses excuses pour avoir été si méchant et avoir fait souffrir le pauvre poussinou. On en arrive donc à une situation ubuesque où vous allez vous flageller, du genre: « Tu m’as quitté/trahi/tué mon lapin/ volé ma voiture/ torturé ma grand-mère mais je te demande pardon pour ça car ça doit être de ma faute. » Que demander de plus! On se comporte n’importe comment mais ce sont les autres qui s’excusent! Super pour l’ego et la conscience qui se retrouve lavée. Vraiment très malin. Cela va en plus permettre de raconter à l’entourage qu’on n’est pas un salaud puisque l’autre s’est mis à plat ventre après avoir resserré son silice et s’être fouetté avec des orties pour expier ses fautes. Notre apprenti Jean-Jacques est donc gagnant sur toute la ligne.

Par contre, pour celui qui s’est retrouvé face à lui, c’est une autre histoire puisqu’il se retrouve le dindon de la farce, ce qui n’est jamais agréable avouons le. Lui a reconnu ses erreurs, s’en est excusé avec sincérité, s’est remis en question pour? Pour redorer l’ego de l’autre, pour améliorer son image, pour excuser ses crimes divers et variés et pour que celui-ci puisse se regarder dans la glace. Bien, bien, bien. L’énervement passé -énervement contre soi, contre sa naïveté la plupart du temps- il faut définitivement se dire que vous avez fait une bonne action et que vous être une sorte de mère Thérésa des interactions sociales, quelles qu’elles soient. Car, après tout, si vous avez aidé quelqu’un, c’est bien. Même si vous avez l’impression d’être l’idiot de service. Parce que, finalement, vous avez été sincère, vous êtes en accord avec vous même et surtout vous n’avez manipulé personne pour avoir l’impression d’être quelqu’un de bien. Vous l’êtes tout simplement. Peu importe si l’autre en face vous a utilisé et a fait semblant. Il arrivera un moment où il devra se confronter à cela (la vie, lekarma, tout ça…) et vous vous aurez continué à avancer, entouré de bienveillance et d’honnêteté.  Surtout, vous aurez évolué car le seul moyen de se consoler de ses fautes c’est de les avouer, vraiment, sincèrement, pas pour se donner une image auprès des autres.

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