« C’est une chose étrange à la fin que le monde Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit Ces moments de bonheur ces midis d’incendie La nuit immense et noire aux déchirures blondes… Il y aura toujours un couple frémissant Pour qui ce matin-là sera l’aube première Il y aura toujours l’eau le vent la lumière Rien ne passe après tout si ce n’est le passant » Aragon

J’ai souvent eu, avec diverses personnes, des discussions sur le couple et la vie à deux. Chaque individu à ses propres aspirations sur le sujet. Chacun à un idéal, qu’il recherche, avec plus ou moins de chance, avec plus ou moins de lucidité. Lucidité car, de plus en plus, et malgré des discours qui vont dans le sens inverse, il semble que de nombreuses personnes cherchent quelque chose qui n’est qu’un leurre: l’amour, et donc, le bonheur parfait.

La perfection, que ce soit en amour ou dans un autre domaine, n’existe pas. Ou, en tout cas, elle ne dure pas. Jamais. Les premiers temps d’une relation tendent vers cet idéal mais les jours et les semaines passants, celui-ci disparaît au profit d’autre chose de plus compliqué. Un couple, comme une amitié, s’entretient. Il est stupide de penser qu’on aime l’autre de manière égale pour toujours et sans arrêt. A moins d’être dans Roméo et Juliette (et vu la fin, on s’en passera, merci) cela n’existe que dans nos rêves les plus romantiques. Oui, être à deux, vivre à deux, ce n’est pas tous les jours facile. On se dispute, s’insupporte, on s’éloigne, on s’aime, on ne s’aime plus et finalement on s’adore.  Toute relation aux autres est faite de vagues et donc de creux. Que celui qui ne s’est jamais dit qu’il n’aimait plus son compagnon/sa compagne/ses amis, pour finalement se rendre compte que ce n’était qu’un passage, lève la main! Ce genre de sentiment est tout à fait normal puisque nous ne sommes pas toujours complètement en phase avec les autres. Or, le problème c’est qu’il faut en avoir conscience et surtout être capable de travailler dessus.

En effet, les couples qui fonctionnent sont ceux où les deux protagonistes acceptent cet état de fait, même si c’est désagréable, et surtout, travaillent dessus tout en laissant le temps passer. En somme les couples qui durent sont ceux qui ne cèdent pas aux caprices et à l’immaturité. Tout le monde a un jour eu envie de prendre son petit baluchon et d’aller voir l’herbe, toujours plus verte comme chacun le sait, d’à côté et retrouver sa liberté -notion risible d’ailleurs car le couple n’a jamais été Alcatraz. Tout le monde a un jour regardé l’autre en se disant que les sentiments avaient disparu. Mais, certains ont donc conscience que cet état de désamour ne peut être que passager. Ceux-là vont donc faire les efforts nécessaires pour rétablir l’équilibre et maintenir leur histoire d’amour. Ils vont discuter, régler les désaccords qui nuisent à l’amour,bref, ils vont entretenir la flamme.

Les autres… Hé bien les autres vont partir. Parce que la difficulté leur semble trop importante. Parce que la notion d’effort dans le but de réparer leur semble insurmontable. Parce que finalement, pourquoi s’enquiquiner à réparer quand on peut jeter et courir vers du neuf? Ceci n’est pas un jugement de valeur, mais juste une constatation qui explique que nombre de couples ne durent pas. Le couple, comme le reste d’ailleurs, est devenu un objet de consommation que l’on renouvelle dès qu’il se ternit, sans avoir essayé de le polir. Heureusement que nous n’en sommes pas encore là pour les enfants car les orphelinats seraient plein de petits abandonnés car leurs parents ne les aimaient plus… Bref. Le pire c’est que ces personnes vont toujours incriminer l’autre de l’échec de leur couple, sans se dire un seul instant que s’ ils avaient fait des efforts, tous les deux,  l’échec ne serait pas arrivé. Quand je dis toujours, je mens éhontément puisqu’il y a peu, un ami m’a dit que c’était lui qui avait fait n’importe quoi et qu’il le regrettait amèrement. Sauf qu’il lui aura fallu trop de temps pour se rendre compte de cela et que l’autre ne voulait plus réparer.

Pourquoi j’écris tout cela au fait? Parce que je dois être d’une naïveté affligeante mais je crois profondément dans le fait que « Rien ne passe après tout si ce n’est le passant », c’est à dire que les sentiments  vont et viennent mais ne disparaissent pas – je parle des couples sérieux et qui se sont véritablement aimés. Si vraiment ils disparaissent, c’est que les fondations étaient pourries à la base, que rien n’était vraiment sincère en somme. Parce que je crois que le couple cela se travaille,  cela se casse, cela se répare. Que parfois on se sépare, on se déchire, on quitte, on trompe, pour mieux repartir. Parce que pour construire il faut parfois accepter de tout détruire pour rebâtir, parce que pour avancer il faut parfois reculer, parce que le recul est parfois nécessaire pour rebondir. Mais, pour que cela fonctionne, il faut être deux. Il faut que le/la partenaire ne soit pas un consommateur/une consommatrice. Il faut que l’autre ait la même vision du couple. Il faut donc que l’autre soit dans l’envie d’évoluer à deux, dans la remise en question permanente, dans la recherche du bonheur durable et pas dans la recherche du bonheur immédiat et, finalement, de courte durée. Car, à sauter de couple en couple, le bonheur est toujours éphémère mais certainement plus facile, en effet.

Certains diront que « quand on n’aime plus, on n’aime plus et picétou! ». En effet, ou pas… Car combien partent sans essayer? Combien ont laissé les situations se dégrader sans rien faire? Et, ne plus aimer est ce ne plus aimer la situation que l’on vivait ou vraiment ne plus aimer l’autre?  Parce que, je le répète, tout s’entretient, tout change, tout évolue et si on n’aime plus aujourd’hui, rien ne nous dit que ça sera toujours le cas demain. Je parle en connaissance de cause car ça m’est arrivé aussi. J’ai attendu et j’ai bien fait. Pourtant, j’étais sûre de moi, sûre de ne plus aimer. Mais, j’ai parlé et les problèmes qui me paraissaient insurmontables ont été surmontés. Car j’ai toujours cru que quand on construit il y a parfois des retards, des accidents dans les travaux.

Alors, oui, je suis peut-être naïve, ou très mature,  je suis peut-être d’un autre temps où la consommation à outrance n’existait pas, je suis peut-être idiote et idéaliste. Et j’en fait les frais. Tant pis. Je me refuse à être un objet de consommation, tout comme je refuse que l’autre le soit.  Je suis de celle qui accepte les erreurs, les pardonne, les siennes et celles des autres. Le problème c’est que je suis une des seules. Une des seules à croire encore dans un couple pérenne, qui avance à deux, malgré les problèmes et les défauts des uns et des autres, défauts que l’on peut combattre et améliorer avec de la communication. Une des seules à croire que l’intimité, la confiance que l’on a dans un couple établi sont plus importantes que la nouveauté joyeuse, légère, mais éphémère -éphémère car elle disparaît dès que les premiers problèmes apparaissent. Une des seules à croire qu’on n’efface pas l’autre d’un coup de baguette magique, qu’on n’agit pas en fonction de nos « caprices ». Une des seules à encore penser que « Rien ne passe après tout si ce n’est le passant ».

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