“On respecte un homme qui se respecte lui-même.” Honoré de Balzac

On me faisait remarquer, à juste titre, que ce qui manquait à mon dernier article sur le couple (pour ceux qui n’ont pas lu ce billet brillant, c’est le précédent) était la notion de respect. Tâchons donc d’y remédier.

Mettons nous d’accord: on entendra encore que cette notion est fluctuante et propre à chacun. Hé bien non. Ce n’est jamais fluctuant. A partir du moment où quiconque est blessé par une de vos actions, se sent dévalorisé, voire humilié, c’est que le respect a manqué. Il suffit de toujours trouver des excuses à des gens se comportant comme les derniers des malotrus sous prétexte que nous ne sommes pas capables de nous positionner clairement.

Il parait évident que dans une relation aux autres, de couple ou d’amitié, le respect est essentiel. Si on peut effectivement se déchirer, se quitter, se tromper il convient de ne pas piétiner la personne en face. Seulement, cela parait  impossible quand l’acte de tromper est déjà, pour beaucoup de personnes, un manque de considération.

Alors, comment respecter la personne dans ces conditions? Tout d’abord, en ne mentant pas, en ne faisant pas preuve de lâcheté. Ne pas mentir ne veut pas dire qu’on va balancer tout ce qui nous passe par la tête dans une espèce de logorrhée blessante et inutile, mais simplement qu’on va assumer ses actes et ne pas chercher à se dédouaner ou à accuser l’autre d’en être la cause. Puis, il convient de ne pas nier à l’autre sa qualité de personne, d’être pensant et sensible. C’est à dire qu’il faut prendre en compte ses sentiments, ne pas chercher à les piétiner. Parce que faire cela revient à fouler aux pieds la personne en elle-même, à la nier en quelque sorte. Enfin, respecter c’est accorder à l’autre le même statut qu’à soi, d’où le célèbre « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » et donc interagir avec lui comme on le ferait avec notre double. Cela revient donc à faire preuve de gentillesse -et pas de condescendance-  de courage, en ne quittant pas par sms par exemple (exemple choisi tout à fait au hasard n’est ce pas) et de dignité. Cette dernière est importante car elle est très liée à celle de respect. En effet, elle consiste à ne pas se répandre à droite, à gauche et au milieu en propos fielleux, mensongers (ou pas d’ailleurs) et condescendants. Parce que faire cela revient à exposer sa propre intimité, d’où le manque de dignité, et celle de l’autre ce qui revient à lui manquer de respect.

Néanmoins, il apparaît qu’en faisant preuve d’un comportement indigne, en manquant d’égard pour l’autre on en manque en réalité pour soi. En effet, les personnes irrespectueuses le sont en fait davantage envers elles-mêmes qu’envers les autres. J’imagine que ces mots vont en faire sourire -jaune- plus d’un, essentiellement ceux qui ont été les victimes d’un manque de considération. Pour autant j’en suis convaincue. De fait, il faut quand même imaginer -même si cela parait difficile- que les gougnafiers, les traîtres, bref les gens biens, ont des valeurs et des principes, même si, dans les faits, on ne les voit jamais. Mais ils en ont. Or, quoi de pire que d’y faillir? Et c’est pour cela que je dis que c’est en fait à eux-mêmes qu’ils manquent de respect. Parce que, croyez moi, c’est finalement plus difficile à vivre pour eux que pour vous, victimes de ces gens. Oui. Ce n’est pas parce qu’ils semblent aller bien, semant allègrement le chaos derrière eux tels de fringants cavaliers de l’apocalypse, que c’est le cas ou que cela le sera. Car il arrivera un moment où le gouffre entre leurs principes et leurs actions sera invivable et les rendra malades, physiquement ou moralement. Oui, car finalement, toutes leurs mauvaises actions leurs sont renvoyées en miroir et contribuent à leur donner une image détestable d’eux-mêmes. Certes, certains sont dans le déni et s’imaginent être des gens vertueux. Mais, les châteaux en Espagne, comme toutes les illusions, finissent un jour par s’écrouler.

De plus,  et c’est très lié, en manquant de respect aux autres, et peu importe les excuses que servent ces personnes pour le justifier, elles se façonnent un monde et une image auprès de leur entourage. En effet, le manque de considération qu’on a pour les autres nous fait croire que tout le monde fonctionne ainsi -à l’instar du menteur qui croit que tout le monde lui ment- et on vit donc dans un monde angoissant, plein de Brutus prêts à nous planter un poignard entre les omoplates à la première occasion. Triste revers de la médaille. De surcroît, même en essayant vaille que vaille de redorer son blason, l’entourage n’est pas dupe et voit le gougnafier tel qui est: un personnage irrespectueux qui inspire la méfiance. Ce n’est donc pas la victime du malotru qui est humiliée, mais le malotru lui-même et tel est pris qui croyait prendre! Cela dit, cela n’empêche pas l’humiliation et la profonde blessure de la victime qui va devoir faire un travail sur elle pour panser ses plaies.

Cependant, il faut que la victime comprenne que, fondamentalement, elle n’est pas la cible de ce manque d’égards. On ne manque de respect que quand on n’en a pas pour soi-même. On ne s’abaisse à cela que quand on est dépourvu d’amour propre. Car, je me répète, il n’y a rien de plus dégradant que de considérer l’autre comme un objet/défouloir/inférieur. Cela n’a jamais grandi personne que de vilipender, blesser, trahir. C’est pourquoi, et je vais sans doute encore une fois passer pour une grande naïve ou une abrutie notoire, il ne faut surtout pas chercher à se venger ou à répondre par la colère. Insulter quelqu’un qui vous insulte ne vous aidera pas à effacer l’offense reçue, se venger ne vous aidera pas à vous sentir mieux car vous ne ferez que vous abaisser à une action en désaccord avec vos principes. Il n’est évidemment pas question de ne pas réagir et de se laisser piétiner. Non. Il convient juste de remettre le malotru à sa place, avec calme et pondération. Il ne faut pas chercher à argumenter et à faire reconnaître à l’autre ses fautes et son manque de respect car il ne le fera pas, croyez moi. Au mieux, vous obtiendrez des excuses pro domo, visant juste à laver la conscience du malappris, persuadé d’être dans le repentir et pas convaincu. Pour comprendre ceci, il suffit juste de se rappeler de la définition du verbe persuader. Toute personne qui commet un acte désagréable en a conscience, le lui dire ne va produire que de la culpabilisation qui mènera à l’agressivité. Ne dites rien, passez votre route et attendez que la personne se rende compte, seule, de son mépris envers vous, la voisine, le monde entier. Si elle ne le fait pas, tant pis pour elle, comme je l’ai déjà dit, c’est elle qui en pâtira, pas vous, car vous n’aurez pas riposté en vous tirant vers le bas. Vous aurez la satisfaction de vous êtes comporté avec dignité et votre estime de vous s’en trouvera renforcée. En allant plus loin, je dirais même qu’il faut aimer cette personne. Vraiment, profondément. Parce que ce n’est pas en étant en colère que vous vous sentirez mieux et, surtout, ce n’est pas comme ça que vous aiderez les gens à s’élever. Aimez le gougnafier, pardonnez lui, même s’il ne le mérite pas, car il est plus digne de pitié, dans le sens noble du terme, et donc de compassion et d’amour, que de haine. Parce que c’est la seule façon de le rendre meilleur et de le faire évoluer; ce n’est pas en l’accablant de reproches, même si, j’en conviens, vous mourrez d’envie de le faire, même si aimer quelqu’un qui vous manque de respect parait impossible. Cela ne l’est pas, croyez moi sur parole…

Encore une fois, on peut rire de ce que je viens d’écrire, se dire que je suis en pleine crise mystique, à mi-chemin entre Jésus et Bouddha. Je vous rassure, ce n’est pas le cas. Je crois juste réellement qu’ « On respecte un homme qui se respecte lui même » et que, pour cela, il faut faire preuve de considération envers tout le monde, même ceux qui vous ont blessé, même ceux qui vous ont mis plus bas que terre. Parce qu’un jour, vous regarderez en arrière et vous vous direz que vous avez été digne, mature, aimant et respectueux, même si ça vous coûté, même si vous avez eu l’impression d’être une carpette sur laquelle on s’essuyait gaiement les pieds. Vous serez alors fier de vous, de votre évolution et cela vous rendra heureux. Parce que pour être heureux il faut commencer par être en accord avec ses principes et être fier de ce que l’on est, non pas d’un point de vue social, mais d’un point de vue moral. Or, on ne peut être fier de soi en manquant de considération pour ses semblables, même en se trouvant des excuses, même en enfouissant dans les plus sombres recoins de sa mémoire ses actes les plus vils, même en se persuadant qu’une excuse vaguement sincère suffit à s’absoudre. Non, on ne peut l’être qu’en étant la personne morale qu’on voudrait être, en étant fier de nos actes envers les gens, a fortiori quand ceux-ci ne vous ont jamais manqué de respect et qu’il y a un lien affectif.  Et c’est sans aucun doute mille fois plus puissant que de se croire supérieur aux autres en les piétinant, mille fois plus enrichissant.

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