« L’existence, la vie, la construction de soi obligent et requièrent une volonté de chaque instant – et pendant longtemps. La relation avec autrui également. » Michel Onfray

Il m’aura fallu du temps pour mettre mes pensées en ordre relatif. Du temps pour écrire ce que je vais écrire, pour organiser une pensée fatiguée, décousue. Du temps pour comprendre, assimiler et partager. Du temps pour partager le fait que je ne suis plus, comme d’autres avant moi et après moi, surement. Du temps pour assimiler le phénomène et, encore, je ne suis pas certaine de l’avoir réellement fait. Peu importe, j’essaie, au risque de me perdre dans les méandres des mots qui ont du mal à s’accorder, au risque de vous perdre avec moi.

Je ne suis plus disais-je. Non, je n’écris pas d’outre-tombe à la manière d’un Chateaubriand. Parce que je suis bien vivante, ancrée dans la réalité et le quotidien, avec ses joies et ses peines. Mais, dans une réalité parallèle, je ne suis plus. A la manière d’informations compromettantes sur un disque dur, on m’a effacée après avoir réinventé mon histoire. Peu m’importe les raisons de cette reconfiguration sauvage, elles n’ont ni sens ni importance. Du moins il ne sert à rien de leur en donner car elles sont, tout simplement, et ne peuvent, ni ne doivent être modifiées.

Si les raisons importent peu, les conséquences davantage. Etre nié dans son existence est terrible car on comprend alors que, pour certains, les êtres humains, avec leurs personnalités propres, ne sont que des pions que l’on déplace et remplace. On comprend que ce que l’on pensait être, unique, comme tout un chacun, est une illusion. Cela entraîne évidemment une remise en question colossale. On se retrouve devant un abîme où on risque de se perdre dans tout ce que l’on est. Parce qu’être nié par d’autres entraîne forcément, pour un moment plus ou moins long, une perte d’identité dans le sens où on risque de s’effacer soi-même, persuadé qu’on ne vaut rien. Ce sentiment dure jusqu’à ce qu’on comprenne une chose fondamentale: nous ne sommes jamais responsables des actions des autres, seulement des nôtres…

A partir de cette prise de conscience, une évidence s’impose: si on est nié ce n’est pas parce qu’on n’a pas de valeur -au contraire même, on ne fait disparaître que ce qui nous gêne, donc ce à quoi on accorde de l’importance- mais parce que l’autre a décidé que l’on n’en avait pas, ce qui n’est pas la même chose. Les raisons de sa décision lui sont propres et ne sont pas liées à nous, mais à lui. C’est peut-être difficile à suivre, surement car ma pensée est, comme je l’ai dit précédemment, fatiguée, mais ce que je veux dire c’est qu’on ne peut indéfiniment se sentir blessé parce que des personnes, animées d’un sentiment de toute puissance égotique, ont décidé de nous nier.  Car, au fond, nous n’y sommes pour rien. Ce sont leurs choix, guidés par leurs consciences, plus ou moins actives, par leur manque de discernement et leur absence de courage. Oui, il faut faire preuve d’un grand manque de discernement pour agir ainsi, pour croire que la vie, que les gens, sont des données effaçables. Parce que si on efface, on nie, c’est dans le but de ne plus y penser, de ne plus être gêné aux entournures par une personne qui nous renvoie à quelque chose dont on n’est pas fier; mais la négation de l’autre n’entraîne pas la disparition des souvenirs, de la pensée, stockés dans l’inconscient qui, tôt ou tard, ressortira les vieux dossiers… On touche aussi du doigt l’absence de courage, puisque fuir, gommer,  plutôt que d’affronter n’est pas un signe de vaillance. Mais peu importe, là encore, les gens font leurs propres choix et vivent comme ils l’entendent, même s’ils veulent se vautrer dans la lâcheté, même s’ils veulent blesser.

Néanmoins, il faut agir en pleine conscience. Si on nie, on l’assume. Et jusqu’au bout. On ne se victimise pas, on ne rejette pas la responsabilité sur l’autre. Mais, surtout, on n’attend pas la rédemption, le soutien et le pardon. Et c’est capital… On ne croit pas qu’après avoir joué au démiurge, ou au complice du démiurge -je rappelle au passage qu’être complice c’est tout simplement ne pas s’opposer- on pourra ressusciter la personne que l’on a enterrée vivante. On ne croit pas qu’on pourra exiger quelque chose du mort qui, du fond de sa tombe, n’entendra rien de toute façon. On ne croit pas non plus que si un jour, à son tour, on est effacé, la providence nous viendra en aide. Non. On ne croit pas que l’effaceur que l’on fréquente ne nous effacera pas un jour, comme il l’a déjà fait. On ne croit pas que tout le monde sera dupe du comportement passé. C’est certain que ce n’est jamais agréable d’être percé à jour, d’être dévoilé dans ses plus vils travers, mais la récolte ne vient qu’après le semis…

Tout ça pour dire que moi, la morte, je suis bien vivante. Et que je réfléchis à ces gens qui m’ont enterrée. Je réfléchis sans haine, ni rancune. Juste un peu de pitié. Pour leur absence de rectitude, pour avoir foulé aux pieds leurs promesses, pour n’accorder aucune importance aux mots dits, jadis, du temps où j’étais vivante, pour leur absence de courage. Et moi, la morte, je suis fière de ne pas entretenir de sentiments négatifs, de répondre à la violence par son contraire. Je suis fière d’être restée fidèle à ce que je suis, d’être devenue meilleure même, à travers mon trépas. Je suis fière de ne pas croire que « Nul n’est irremplaçable ». Fière d’accorder à chaque être humain une identité propre. Fière de ne pas jouer avec les hommes comme je jouerais avec des pions.

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