« Cette étrange dilution des temps vrais dans un faux temps nie le passé autant que l’avenir. » Michel Onfray

Platon, dans son allégorie de la caverne, montre des hommes qui croient à la vérité de formes qui ne sont, en fait, que les ombres d’objets réels. Ainsi, ils se trompent en prenant l’irréel, le virtuel, pour la réalité. Inévitablement, cela me fait penser au fait que, comme je le disais dernièrement, la réalité de ma personne, de mon histoire a été réinventée, laissant place à une virtualité sans doute plus jolie, plus acceptable.

Ainsi, les hommes sont capables de substituer le réel, de le voler, de le transformer, de le modeler afin qu’il colle davantage à ce qu’ils voudraient. Cette modification du vrai est infernale pour celui qui en est la victime, pour celui dont l’histoire est réinventée contre son gré. Parce que ce mensonge, cette réécriture, entraîne la négation de l’autre, de sa parole, de sa vie qui ne lui appartient plus. Il en est dépossédé car sa vie n’est plus, puisqu’on l’a modifiée. Et c’est terriblement violent. D’autant plus que le mensonge se répand toujours comme une traînée de poudre et que nombre de gens, pour ne pas dire la plupart, vont y adhérer par lâcheté, par commodité. En effet, il est plus facile de croire les jolies modifications du menteur que de le voir tel qu’il est. Oui, si on ment c’est que l’on a quelque chose à cacher, quelque chose dont on n’est pas fier. Et cette chose honteuse, l’entourage va tâcher, avec le tricheur, de l’enfouir pour ne pas avoir à assumer de fréquenter un être vil, pour ne pas avoir à lui dire que son comportement n’est pas acceptable. L’imposteur restera donc, dans la virtualité, quelqu’un de bien et l’entourage aussi, par association.

Tout va donc être mis en oeuvre pour soutenir la version transformée. On dira à la victime du remaniement qu’elle invente, qu’elle a interprété, qu’elle a une vision tronquée, fausse, bref, tout va être fait pour lui prouver qu’elle a tort et que le menteur a raison. Même certaines personnes de l’entourage de l’affabulateur, qui ont été témoins de la réalité, vont aller dans le sens de la nouvelle version, préférant encore une fois s’en tenir à  l’histoire imposée car la vérité n’est pas toujours belle et reluisante. Mais imagine-t-on la violence dont on fait preuve envers la victime? Celle-ci passe pour folle et personne ne l’écoute. Malheureusement, je sais de quoi je parle et il n’y a rien à faire contre le rouleau-compresseur de l’affabulation. Comme moi, j’imagine que certains ont gardé des preuves, au cas où, un jour, nous devrions défendre notre honneur joyeusement piétiné. Mais, c’est peine perdue car fort à parier que les preuves apportées seraient reniées à grands coups de « il y a plusieurs vérités », la phrase préférée des lâches.

Que faire alors? D’aucuns diront de ne rien faire car les gens de bien savent voir la vérité où elle est. D’autres voudront se défendre bec et ongles. J’oscillais entre les deux catégories avant de me rendre compte que ceux qui croient aux fables sont indécrottables. Et ce sont eux qui vont parler des vérités multiples (mais qui vont, quand ils vous donneront la nouvelle et belle version, vous dire que la votre est fausse. Oui, la multiplicité n’est valable que pour vous imposer leur point de vue.). Or, cela n’existe pas. Il y a différents points de vues mais une seule vérité, celle des faits, celle des mots prononcés. Croire le contraire c’est choisir la facilité, le manque de courage. Croire et soutenir celui qui ment c’est aussi s’exposer à ce qu’un jour, on en soit, à son tour, la victime. Cautionner ce genre de comportement signifie qu’on accepte tacitement d’en être un jour la cible… A bon entendeur…

J’ai donc choisi de ne plus me défendre. De ne plus rien dire. Qu’on raconte ce que l’on veut, je n’ai, moi, rien à cacher et rien à prouver. Mon comportement ne me fait pas honte au point que je veuille l’embellir, le transformer. Je n’ai pas besoin de croire en des ombres car j’accepte la réalité. Je n’ai pas besoin de me cacher derrière de jolis paravents, je suis telle que je suis et j’assume mes actes, même les moins reluisants. Peut-être suis-je ainsi car je ne fais pas de promesses que je ne peux tenir, parce que je crois en ce que je dis, parce que je n’emploie pas les mots en l’air, sans avoir conscience de leur sens et de leur portée, parce que je me tiens à mes principes, parce que, surtout, je ne me pose pas en victime des autres, je ne retourne pas les situations. Je suis capable de voir mes responsabilités et de les assumer, de m’excuser pour mes erreurs, même si cela me coûte. Je ne modifie donc pas la vérité, je ne réinvente pas ma vie et celle des autres par la même occasion. Parce que cela serait manquer de respect, aux autres et à moi-même. Parce que se victimiser c’est croire qu’on est à la merci de l’autre, c’est se poser en faible. Parce que, comme dit Onfray « cette étrange dilution des temps vrais dans un faux temps nie le passé autant que l’avenir ». Or, pour continuer à avancer, pour être une personne stable, de confiance, je dois avoir un passé réel, avec ses beautés et ses laideurs, afin que mon avenir soit une évolution et non une régression ou une stagnation. Pour ce faire, pour espérer  avancer, il faut donc vivre dans la réalité, dans la vérité. Il faut cesser les petits arrangements avec sa conscience, il ne faut pas être complice des mensonges des autres. Il faut assumer, encore et toujours.

Quant à ceux qui voudront me démontrer que j’ai tort, que je vois la réalité à travers mon prisme, il faudra un jour qu’ils aillent voir dans un dictionnaire les définitions de réalité et vérité et, surtout, qu’ils les comprennent. Pour le reste, qu’ils continuent de croire en leur monde parallèle. Et tant pis si cela me blesse, si cela m’agace. Chacun se positionne comme il veut, je n’ai pas de temps à perdre à me battre contre des moulins à vent. Je ne suis pas Don Quichotte. J’éprouve finalement un peu de pitié, dans le sens noble du terme, pour ceux-là qui, un jour, prendront la vérité en plein visage et qui souffriront autant que j’ai souffert. Oui, voir ceux qu’on aime tels qu’on n’avait pas voulu les voir est très douloureux.

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