“On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter.” Jean de la Fontaine

Il y a des rencontres qui marquent, pour différentes raisons. Des rencontres qui vont nous accompagner le long du chemin, fidèlement, d’autres qui disparaîtront aussi vite qu’elles sont arrivées, mais qui resteront gravées, là-haut, dans la matière grise. Des belles rencontres, des laides, des marrantes, des fugaces, des qu’il faudrait éviter. Sans doute peut on penser qu’elles sont toutes utiles, toutes animées d’un but précis, plus ou moins évident, plus ou moins marquant.

Il y en a eu des belles. Des petites filles à l’école maternelle, avec qui on devient facilement copines, avec qui on fait des dessins et qui, 30 ans plus tard, sont toujours sur le chemin, élevant à leur tour des petites filles ou des petits garçons qui font, eux aussi, des dessins. Deux jeunes filles, des années plus tard à la fac, qui deviendront de celles dont on imagine pas sa vie sans. Une d’elle qui me donnera un superbe gage d’amitié en me faisant la marraine de deux fées. L’autre qui viendra pour m’aider à me relever après une chute. Un homme, au détour d’une salle des profs, qui me fera rire et qui sera précieux pour ses silences, ses attentions, sa présence. Une blonde, qui montrera un soutien indéfectible quand j’ai cru que tout s’effondrait. Un jeune homme, il y a 10 ans, qui est devenu le geek fan des Strokes et qui, là encore, a tendu la main au moment où il sentait qu’il le devait. Des sœurs, une à la voix grave et aux cheveux de lionne, l’autre qui croit au poteau rose qui, bien que loin, sont toujours là. Un exilé politique en Belgique, drôle et attentionné. Un américain aux cheveux longs, à l’humour souvent déplorable, mais qui me fait rire quand même. Une artiste un peu folle, au cœur grand ouvert. L’avocat, qui ne l’était pas quand nos chemins se sont croisés et dont les mots m’apaisent toujours. La brésilienne et ses caïpirinhas. Le chevalier, qui m’agace autant qu’il me touche. Dolores qui est plus douce qu’elle  veut bien le montrer. L’homme aux 100 métiers avec qui on se cuite au ricard…J’en oublie, certainement, volontairement ou pas. Mais celles-ci, et les autres, dont je ne parle pas, sont précieuses car elles m’ont construites, aidées, élevées.

Il y en a eu des étonnantes, troublantes. Cet homme aux cheveux blonds et aux yeux saphir qui m’a montré la voie de mon inconscient et qui m’a aidée, bien plus qui ne le sait. Ceux qu’on recroise en vrai ou virtuellement, qui ravivent le passé oublié et rappellent qui on était. Des comètes qui éclairent tout sur leurs passages, comme la petite prof d’anglais partie au pays du chocolat. Les deux frères, dont un que j’ai connu au sortir du collège, d’une gentillesse rare. Les étudiants en médecine, éloignés de mon monde mais touchants par leur bonté. Celle qui est partie vivre à Marseille. Celle qui aime me lire. Celle que j’ai revu avec plaisir au détour d’une terrasse ensoleillée. Les bricoleurs bios qui m’ont fait visiter leur maison et qui ont été d’un grand soutien. Des élèves dont les sourires dans les couloirs éclairent une journée pourrie. Des élèves qui, des années plus tard, me donnent toujours de leurs nouvelles et qui sont devenus de belles jeunes filles et de beaux jeunes hommes. L’homme qui court après un ballon et qui a des gentilles pensées, à défaut des paroles. Celui avec l’accent.

Puis il y a eu les laides. Des gens dont on aurait jamais dû croiser la route. Celle qui était menteuse, vénale. Celle qui ne s’intéressait qu’à elle. Celui qui a trompé tout le monde en faisant croire qu’il était quelqu’un d’autre. Celle qui a été d’une hypocrisie et d’une déloyauté sans nom. Ceux qui ont promis monts et merveilles et qui ont tout oublié. Ceux qui  ont insulté, menti, trahi. Celui qui a partagé notre route pendant un bout de temps avant de disparaître en un éclair. Bref, ceux ou celles qu’on voudrait n’avoir jamais rencontré car ils n’ont apporté qu’une boue infâme, que de la noirceur.

Mais, dans toutes ces rencontres, il existe un point commun: ce qu’elles nous apprenne. Même les laides. Surtout d’ailleurs. Toutes sont utiles, même si, ces derniers temps, j’aurais tout donné, et je donnerais tout, pour en effacer une. Pour m’être cassée une jambe le jour où elle est arrivée. Mais, sans doute cela n’aurait rien changé car « On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter ». Parce que tout a sans doute un sens, celui qu’on lui donne. Parce que toutes ces personnes sur notre route, toutes autant qu’elles sont, nous confrontent à des choix, des erreurs qu’on ne refera plus. Même si l’enseignement se fait dans la douleur, il est important.

Il n’y a rien à effacer, rien à oublier, même si ça démange, même si ça étouffe.  Il n’y a qu’à attendre les prochaines rencontres et travailler à ce qu’elles soient belles.

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