« La séparation de la sexualité d’avec l’amour n’exclut pas l’existence de sentiment, de l’affection ou de la tendresse. Ne pas vouloir s’engager pour la vie dans une histoire de longue durée n’interdit pas la promesse d’une douceur amoureuse. » Michel Onfray

La sexualité féminine, en dehors du couple (et même… mais c’est un autre sujet), est compliquée pour un grand nombre de raisons.

Il ne s’agit pas ici de la diaboliser à grands coups de « la femme est un temple » et tout les refrains judéo-chrétiens sur le respect qu’un individu de sexe féminin doit à son corps. En effet, chaque femme en fait ce qu’elle veut et, sous entendre qu’une femme à la sexualité libre ne se respecte pas est déjà un problème en soi. Sous entendre qu’une femme qui use de son corps comme elle le veut est une pute est tout aussi gênant, car cela signifie que la prostituée ne se respecte pas… Mais qui place le curseur de cette notion? Qui décide si une femme a de la considération pour elle-même? Les autres… Les membres de sa propre gente, toujours prompts à juger, surement car la liberté de l’autre les renvoie à leurs carcans, et les hommes, le « sexe fort ». Finalement, la sexualité des femmes, si elle fait rêver ces messieurs, est phagocytée par leurs jugements et par ceux des autres femmes.

Ainsi, la sexualité féminine est encadrée par des règles tacites, règles qui n’existent pas chez les hommes. Pour être une femme respectée et respectable, il faut donc s’en tenir aux lois érigées par ces messieurs qui ont une fâcheuse tendance à considérer toute femme libre comme une salope notoire. Or, si ils peuvent bien entendu baiser la salope, il n’est pas question de lui donner le minimum de tendresse et d’affection nécessaires à un beau moment. Non. Parce que la garce à ce qu’elle mérite, se faire sauter par un mâle alpha, tout en virilité, donc, parce qu’elle aime ça et comme elle aime ça, elle ne mérite aucun égard. Bien… Faudra qu’on m’explique en quoi le fait d’aimer avoir une relation physique avec un homme, en quoi le fait d’avoir du désir et rechercher le plaisir est répréhensible… C’est normal pour un homme, mais pour une femme c’est nécessairement une preuve de sa minuscule, infinitésimale vertu…. Et comme elle n’a pas de vertu, on peut la considérer comme un objet, puisqu’on la soupçonne  de se considérer comme tel. Le serpent se mord la queue…

Mais d’où viennent ces pensées, ces croyances archaïsantes? Forcément de la religion qui a fait de la femme un temple sacré, porteur de la vie -il est d’ailleurs intéressant de voir que dans la Bible on passe de Marie, la vierge, à Marie Madeleine, la prostituée…une femme est donc soit une vierge, soit une putain- et un danger pour la santé mentale des hommes. Au delà de la religion, ces croyances, ces jugements ont été entretenus par des femmes, malheureuses sexuellement, enviant les femmes libres sur fond de frigidité et d’ennui dans le lit conjugal. Parce qu’un homme (certains, s’entend) peut avoir une sexualité débridée avec une maîtresse, mais pas avec sa femme qui est donc un temple et qui n’aime pas la bagatelle. Ainsi, on voit fleurir des contes écrits par des hommes où la sexualité féminine est diabolisée, Le petit chaperon rouge en est une parfaite illustration, ou des vœux pieux érigés en lois, du style « on ne couche pas le premier soir ». Plus tard, les films pornos ont contribué à l’image de la salope, avide de contenter l’homme tout puissant. Films pornos faits par des hommes, incapables de respect envers leurs actrices qui ne sont qu’une vulgaire marchandise qu’on peut déchirer, au sens propre, que l’on drogue pour qu’elles supportent les sévices infligés (oui, une sodomie de 2 heures infligée un homme monté comme un étalon n’est surement pas une partie de plaisir) et  à qui on demande des pratiques dégradantes que surtout on ne proposerait pas à sa femme, comme l’éjaculation faciale, qui ne fait fantasmer que les hommes! C’est dire quelle image de la sexualité féminine est véhiculée par ces films…

Ainsi, quand on est une femme, une fille, on doit se battre pour avoir une sexualité libre, qui se pratique dans un respect mutuel. Et, surtout, on doit assumer. Assumer l’image que l’on va renvoyer malgré nous, assumer le comportement des hommes, assumer que la recherche du plaisir partagé puisse être un chemin de croix, le long duquel il faudra marteler son intégrité et quémander un peu de tendresse et d’affection. En somme, il faudra batailler pour ne pas être considérée comme un vulgaire morceau de viande, que l’on prend et que l’on jette sans autre forme de procès (La Fontaine est décidément partout…).

En tant que femme, tout ceci me dérange, évidemment, profondément. J’ai trop entendu d’histoires de la part de mes ami(e)s, trop vu de choses pour ne pas l’être. Je n’ai pas envie de devoir me battre, encore, pour être respectée. Je n’ai pas envie de quémander des jolies choses, comme de la tendresse lors d’un rapport sexuel libre. Je n’ai pas envie de devoir prouver que je suis respectable, je le suis, comme tout être vivant. Je n’ai pas envie de n’être jugée que sur mon corps, mon désir, celui que je suscite. Je le répète, car je l’ai déjà dit dans un autre article, je suis l’égale de l’homme, de facto, et je n’ai donc pas à le prouver. Je n’ai pas à négocier avec un homme quand je refuse certaines choses: non veut dire non, point. Je n’ai pas à endurer la culpabilisation infligée par le mâle lors d’un refus. Je n’ai pas à craindre de passer pour une fille facile dont on pourra se passer du consentement. Je n’ai pas à rappeler que si mon corps n’est pas un temple sacré, à l’instar de celui de la Sainte Vierge, ce n’est pas pour autant un objet dont on use et abuse car « La séparation de la sexualité d’avec l’amour n’exclut pas l’existence de sentiment, de l’affection ou de la tendresse. Ne pas vouloir s’engager pour la vie dans une histoire de longue durée n’interdit pas la promesse d’une douceur amoureuse ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s