“Il faut écrire pour soi, c’est ainsi que l’on peut arriver aux autres.” Ionesco

J’ai toujours écrit pour moi, moi seule, jusqu’à ce que je décide de me faire lire. Les raisons en sont obscures, on pourrait en trouver plein, mais finalement on n’en trouverait aucune. J’ai toujours écrit pour moi, donc, mais en décidant de dévoiler ce que je rédige, j’ai aussi écrit pour les autres. Aujourd’hui, plus que les autres fois, ce sera pour moi. Peut-être que, du coup, cela perdra en sens pour ceux qui me liront. Tant pis. On comprendra ce qu’on veut comprendre, on lira ce qu’on veut lire, on projettera ce qu’on veut bien projeter. En attendant, cela sera, sans aucun doute, impudique…

Il y a plein de choses que je ne comprends pas. Beaucoup de comportements, de mots, d’actions qui m’échappent complètement. Alors, bêtement, j’essaie de comprendre. Je cherche, je réfléchis, je tourne et retourne les questions. J’y apporte, parfois, des réponses. Les miennes. A ce titre, elles sont sûrement fausses. Je le sais. Alors, je continue, je recommence, je cherche. Je ne peux pas rester dans le néant, j’ai besoin de bâtir des hypothèses, des idées, même si elles s’avèrent ne pas tenir. Mais, finalement, j’en arrive toujours aux mêmes conclusions, et cela me fatigue. Cela m’épuise car, finalement, rien n’a vraiment de sens. Ou en tout cas jamais celui qu’on lui donne. Je finis donc par penser que beaucoup agissent sans réellement savoir ce qu’ils font, sans réfléchir à ce qu’ils produisent. Ainsi, chercher à comprendre est vain. Et je me sens décalée, un peu coupée de la réalité. Parce que j’agis toujours en réfléchissant. Je ne sais pas si cela fait de moi quelqu’un de bien ou de complètement idiot, naïf. Et je m’en fiche. Je m’en fiche dans le sens où c’est comme ça, et ça me convient. Je ne veux pas avoir un jour, encore, à me dire que ce que j’ai fait était laid.  C’est  ce que je tentais de dire dans mon dernier article en parlant de la réplique de Cyrano. Je veux pouvoir me dire que j’ai agi à la manière d’un gentilhomme du XVII ème, avec mesure et raison, avec honneur et dignité. Même si ça n’a pas toujours été le cas, même si j’imagine que cela ne le sera pas toujours. Mais je fais de mon mieux. Pourtant, surtout ces derniers temps, j’ai parfois envie de hurler ma colère. Je ne le fais pas, car j’ai compris une chose c’est que cela ne servait à rien, à part me soulager moi, momentanément. Et je n’ai pas besoin de ça, je ne veux pas exister par la colère ou un sentiment, ou même une émotion, négatif. Je ne veux pas passer mon incompréhension et mes nerfs sur d’autres. Je me débrouille avec moi-même et je suis là, à essayer d’organiser une pensée, à essayer de matérialiser un sentiment, une impression.

Je sais que je suis souvent maladroite quand je communique car j’essaie  de dire des choses que j’ai du mal à dire, soit par pudeur, soit par peur, soit parce que je ne comprends pas bien la chose que je veux transmettre. Alors, souvent, je trébuche, je dis mal, je dis à côté, je tais ce que je devrais dire. Je communique mal en somme. Mais j’essaie. J’essaie de dire, j’essaie d’être claire, j’essaie de faire au mieux pour que mes relations soient sereines, jolies, vraies. Sauf que… Sauf que je n’arrive pas à communiquer certaines choses, je n’arrive pas à verbaliser quand on me blesse, parce que je ne veux pas moi-même blesser, ou mettre mal à l’aise. Et c’est idiot, ou lâche, ou les deux. Quelqu’un m’a dit (non, je ne cite pas Carla Bruni) un jour qu’en fait je n’arrivais pas à me protéger. Peut-être, je n’en sais rien, la réflexion est toujours en cours. Bref. Je suis peut-être une mauvaise communicante, peut-être que je dis mal, que je veux trop m’approcher de ce que je ressens pour que cela soit compréhensible. Peut-être aussi, surement même, qu’on projette sur ce que je dis autre chose que ce qui est sorti de ma bouche. Peut-être. Mais, finalement, là où je veux en venir c’est que même si je ne suis pas toujours limpide dans mes propos, je dis quand même l’essentiel. Et j’aimerais que cet essentiel soit compris, assimilé et pas distordu par des projections sorties du vécu des autres.

Je ne suis pas la cinquième roue du carrosse. Je ne suis pas celle que l’on sonne quand on en a besoin, quand on s’ennuie, quand on veut parler. Je ne suis pas celle sur laquelle on passe ses nerfs, en se disant que je suis solide, je ne suis pas celle à qui on fait payer ce que d’autres ont fait. Je ne suis pas qu’une sorte de petite fée clochette qui vient écouter les problèmes, de bon cœur, qui vient réconforter, renarcissiser ou je ne sais quel autre autre truc. Je ne suis pas celle qui n’existe que quand on en a besoin. Je ne suis pas celle à qui on donne des nouvelles par obligation, besoin, désœuvrement. Personne ne devrait l’être d’ailleurs! Parce que, scoop, moi aussi j’existe. Moi aussi j’ai une vie, des joies, des peines, des problèmes. Et si je suis disposée à écouter ceux des autres, je suis aussi ravie qu’on s’intéresse à moi pour autre chose qu’un désir d’écoute/ de se faire plaindre/ de maternage/ physique.

Je ne suis pas tout ça. Alors, que suis-je? Beaucoup de choses, comme tout le monde. Mais, une bonne fois pour toutes- et la dernière puisque j’ai l’impression d’être nue, impudique- je suis gentille. Pas gentille dans le sens d’idiote. Je suis gentille dans le sens où je pense aux autres et que je leur souhaite du bonheur et que, modestement, je fais ce que je peux pour y contribuer. Et c’est vrai même pour ceux qui m’ont blessée, trahie, humiliée. Je ne leur souhaite pas de mal, ils n’ont de toute façon pas besoin de moi pour s’en faire seuls. Je souhaite du bien aux autres, vraiment, profondément, connement diront certains. Pas grave. Si je le fais, ce n’est pas pour qu’on m’approuve, c’est juste pour moi, pour me sentir bien, utile aussi surement. Pour éclairer les moments sombres de ceux que je côtoie, pour rendre la lumière plus vive encore lors des instants de joie, pour que, autant que faire se peut, les gens qui m’entourent ne se sentent pas seuls face à des événements malheureux. Mais, en aucun cas, ça ne fait de moi une sombre conne, une espèce de fille naïve, malléable à qui on peut faire n’importe quoi. Non. Et c’est valable pour tous ceux qui sont comme moi.

Pourquoi suis-je en train de jeter tout ça sur un écran? Parce que je suis fatiguée de ne pas comprendre, fatiguée d’être la cinquième roue de divers carrosses, fatiguée que ma gentillesse soit vue comme une faiblesse. Ce n’en est pas une. Il est finalement bien plus difficile d’être gentil que d’être hargneux, méchant, cassant. C’est plus facile de souhaiter du mal à ceux qui nous ont abîmés que de leur souhaiter du bien. La faiblesse est dans l’indifférence et le mépris des autres, dans la méchanceté gratuite, involontaire ou délibérée, dans la fuite constante. Alors, foutez lui la paix à la gentille si vous n’êtes pas capables de la respecter, d’écouter et de comprendre ce qu’elle dit, ce qu’elle fait. Entourez vous d’autres personnes, que vous choisirez un peu moins sympas, un peu plus hargneuses, un peu plus cyniques. Mais ne venez pas vous plaindre. Foutez moi la paix et ne vous moquez pas. Ne riez pas de ma tendance à tendre la main, à écouter, à essayer de comprendre. Ne levez pas les yeux au ciel quand je perds mes mots et que ce que je ne sais pas dire se transforme en larmes. On ne pleure pas que de tristesse. On pleure de joie aussi, et dans mon cas on pleure pour toute émotion forte. Gardez vos « tu es trop gentille » et vos sourires narquois quand vous m’expliquez que telle ou tel s’est encore moqué de moi. Ne me tapez plus sur la main avec l’air que vous emploieriez pour parler à un demeuré quand je suis déçue, blessée. Ne venez plus me dire « je te l’avais dit » avec un air condescendant. Excusez moi de croire, bien souvent à tort, je m’en rends compte, merci, que des gens valent la peine et ne vont pas me piétiner systématiquement une fois que je leur aurais apporté ce qu’ils voulaient, que j’aurais été gentille. Excusez moi. Non d’ailleurs, ne m’excusez pas! Je me trompe, mais au moins j’essaie. J’essaie de ne pas vivre dans un faux-semblant, j’essaie de donner ce que je peux, d’être entière et d’avoir des relations sincères et honnêtes. Alors, non, ne m’excusez pas. Mais, si vous voulez autre chose, allez ailleurs, mais ne venez pas me reprocher d’avoir fait ou dit ce que je pensais, ce que je voulais, en écoutant l’autre, en essayant, avec force, d’apporter ce que je pouvais. Ne me reprochez pas de croire et de donner. Ne venez plus me sortir des excuses abracadabrantes en pensant que je suis assez idiote pour tout croire: ce n’est pas parce que je ne dis parfois rien que je crois. Apprenez à dire la vérité, c’est moins fatigant pour vous et moins blessant pour les autres que des mensonges énormes. Foutez moi la paix. Il y a d’autres personnes avec qui interagir, d’autres personnes qui ne seront pas blessées par vos comportements, parce qu’elles ont les mêmes. Si vous voulez piquer, mépriser parce que ça vous fait exister allez ailleurs! Si vous voulez jouer et vous gausser d’infliger des blessures, allez jouer ailleurs. Je ne joue pas à ce jeu là. Si vous voulez être lâche, fuyant, choisissez une autre proie, choisissez un de vos semblables. Et arrêtez de penser à ma place, d’entendre ce que je n’ai jamais dit, de projeter ce que vous pensez que je veux, de me faire des procès d’intentions.

Ne vous moquez pas de tout ça, même si c’est clairement impudique, naïf. J’écris juste la colère que je garde au chaud, à l’intérieur. J’écris juste pour moi, pour la sortir, pour sortir ce qui n’arrive pas à passer par ma langue. J’écris pour moi car « c’est ainsi que l’on peut arriver aux autres »… J’écris pour que, finalement, la colère soit lue et parce que je suis fatiguée.

Rideau.

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