« Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin, je n’ai pas la vertu des femmes de marins. » Barbara.

Aujourd’hui est une date spéciale pour moi, une date anniversaire que j’aurais préféré oublier. Il y a 4 ans, c’était alors un samedi, je scellais le début de la plus grosse perte de temps de ma vie. Elle aura duré 3 ans et 6 mois. Cette perte de temps s’est achevée le jour de mes 33 ans, dans la violence et dans une douleur indicible. Depuis ce jour, je déteste Adèle et, ironie du sort, elle vient de ressortir un titre que, dans un nombrilisme sans nom, je prends comme un affront personnel. Bref, aujourd’hui est donc une date spéciale car elle sonne comme un bilan. Pas question de revenir sur ces 3 ans et quelques qui sont désormais en passe d’être rayés de ma mémoire, tant, finalement, ils n’ont aucun intérêt. Non. Le bilan est sur ces derniers mois.

Je ne reviendrai pas sur la douleur indicible, puisqu’elle l’est, justement. Je suis entrée dans mes 33 ans, au terme du pire anniversaire que l’on puisse imaginer, dans un brouillard épais et froid qui m’a fait perdre tous mes repères. Tout s’est effondré, surtout moi. Et il n’y a finalement rien à dire tant c’est banal, tant c’est douloureux. Comme tout le monde j’imagine, j’ai cru que jamais je ne m’en remettrai. J’ai cru que la douleur qui m’a étouffée serait là chaque jour du reste de ma vie. J’ai cru d’ailleurs que je ne survivrai pas, que j’allais mourir de cette souffrance qui ne me lâchait pas. Dit comme cela c’est idiot. Un peu grandiloquent, pathétique. Peu importe, c’est vrai. J’ai cru que j’allais crever, je crois même avoir pensé que ce serait mieux. Parce que je ne voulais pas, et ne veux toujours pas d’ailleurs, vivre avec ce souvenir. Bref, j’ai cru que cet état de désespoir, non le mot n’est pas trop fort, ne passerait jamais. J’ai cru que plus jamais, mais alors jamais, je ne voudrai me laisser approcher par un homme. J’ai cru que plus jamais je ne pourrai ressentir autre chose que de la peine. Je me suis trompée.

J’ai recommencé à vivre puisque je crois que j’avais arrêté. J’ai recommencé à sourire, à rire, à sortir, mon cœur a recommencé à battre, au sens propre comme au sens figuré. Plus vite que je ne le pensais. On m’a d’ailleurs dit, et je ne sais pas bien comment je devais le prendre, que les femmes se remettaient plus vite que les hommes. Comme si les femmes étaient moins touchées, moins vulnérables, moins sensibles. Comme si les hommes souffraient plus. Un cliché. Je ne sais pas si LES femmes se remettent plus vite que les hommes. Je ne suis pas LES je suis UNE. J’ai mal pris cette remarque, surement proférée sans la moindre méchanceté, car j’ai eu l’impression qu’on remettait en cause ma douleur tout en augmentant celle des hommes. Chaque situation est différente, chaque personne l’est. Je ne sais pas pourquoi ni comment j’ai recommencé à respirer. Je l’ai fait, c’est tout,  aidée par mes amis qui se sont resserrés autour de moi comme une légion romaine, par ma famille et par moi. Oui. Parce qu’au-delà de l’aide précieuse que m’ont apportée les autres il y a eu la mienne. Alors, non, les femmes ne se remettent pas plus vite, je me suis remise plus vite que certains car je me suis aidée. Je me suis battue et je me bats encore.

Je me bats, car croire qu’une fois l’amour parti tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes est naïf. Restent les séquelles et les cicatrices. Je n’en suis pas sortie plus forte, comme on me l’avait dit pour me rassurer, je suis devenue complètement différente. Je ne suis plus celle que j’étais. J’ai d’ailleurs, parfois, des difficultés à me reconnaître. J’ai acquis quelques nouvelles qualités, je crois, mais j’ai aussi gagné des peurs, des angoisses, des blessures. Et il me faut vivre avec, comme tout le monde. Il me faut aussi vivre avec un sommeil fluctuant, un estomac capricieux et un corps changé. Alors, croire que je me suis remise pendant que d’autres souffrent toujours, en déduire que je suis un roc, sous-entendre que je suis trop rapide me fait sourire jaune. En écrivant je me rends compte que, finalement, cette remarque m’a véritablement énervée. Oui. Ce n’est pas parce que je vis, souris, travaille que je suis au mieux. Non. Mais j’avance. Je n’ai pas le choix. J’avance en boitant un peu, parfois beaucoup, mais je continue. J’avance aussi parce que j’ai fait le choix de le faire, car, oui, on a le choix. Tout comme on a le choix de pleurer sa relation pendant 10 ans, d’être malheureux pendant des années. J’ai choisi de me donner les moyens d’être heureuse, même si, pour l’instant, c’est présomptueux. J’ai choisi de recommencer à croire. J’ai choisi de sortir un peu de ma forteresse. Et je me suis gamelée. En beauté. Je me suis étalée de tout mon long et je me suis fait mal.

J’ai cru à de la douceur et j’ai été mordue. Je ne sais pas si la morsure était volontaire ou pas. Je ne sais pas. Et ça me retourne le cerveau. Parce que je ne sais toujours pas et que je déteste ne pas comprendre. Parce que je me suis sentie méprisée. Parce que j’ai l’impression qu’on me prend pour une idiote, une fille naïve qui va croire tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi. Parce que je me sens insultée dans mon intelligence, à tort ou à raison. Parce que c’est incohérent. Parce que c’est lâche, du moins selon ma perception qui est sans doute bien abîmée par ces 6 derniers mois. Tout comme moi. Parce que, là encore, c’est terriblement cliché, genre téléfilm de la 6. Je me retrouve prise dans un jeu dont je ne connais pas les règles, à attendre ce qui ne vient pas -je devrais dire à avoir attendu- et à ne rien comprendre alors qu’il y a 6 mois je jurais qu’on ne m’y reprendrai plus, à la manière du corbeau de La Fontaine. Peut-être que j’aurais dû , moi aussi, refuser de souffrir encore en refusant catégoriquement toute forme d’attachement… Sauf que ce n’est jamais ainsi que les choses fonctionnent. On ne décide pas, j’en suis intimement persuadée. Et je suis aussi convaincue qu’à toujours vouloir se protéger des sentiments qui risquent de nous blesser, on passe à côté de sa vie, à côté du beau, à côté d’une autre chance d’être heureux. Donc, je me suis vautrée. Pour différentes raisons, plus ou moins rationnelles, plus ou moins objectives. Et c’est énervant, c’est pénible, ça blesse toujours.

Mais, en attendant, je vis. Car je refuse que celui-dont-je-n’ai-plus-jamais-envie-d’entendre-le-nom me gâche plus de temps qu’il ne l’a déjà fait, je refuse de porter le deuil d’une histoire qui, avec le recul, n’en a jamais valu la peine. Et je crois que je commence à refuser que d’autres ne gâchent le temps qu’il me reste. Parce que si mes 33 ans m’ont donné une chose c’est cette épiphanie, cette prise de conscience que je vaux mieux que la façon dont on m’a traitée. Beaucoup mieux. Pas que je me place en victime, non, je sais que j’ai une part de responsabilité, celle de ne pas m’être dressée, de ne pas avoir arrêté. Mais, je sais aussi que si je ne l’ai pas fait, si je ne le fais pas, c’est que je ne le pouvais/peux pas, pas encore. Pour les raisons, elles sont obscures ou plutôt irrationnelles, impossibles à expliquer même si je les connais, un mélange d’intime conviction, d’espoir et de bêtise. Mais je vaux mieux, c’est dit. Je vaux assez pour qu’on me le montre, vraiment. Pour qu’on fasse attention à moi, pour qu’on soit « galant » (si ce mot  a encore un sens), pour qu’on m’apporte des preuves d’un réel intérêt, pour qu’on me respecte, pour qu’on me fasse vivre de jolies choses, pour qu’on réponde à mes messages, pour qu’on ne me mente pas, pour qu’on ne me prenne pas pour une idiote que je ne suis pas.

Alors, aujourd’hui, à l’heure de mon bilan, je ne suis plus celle d’avant. Elle est partie, je ne sais pas où. Peut-être reviendra-t-elle, mais j’en doute. Elle a laissé place à une nouvelle personne, un peu cassée, mais vivante. Et cette nouvelle moi essaie, peut-être mal. Mais avec au moins l’envie de ne pas stagner, de ne pas me lamenter sur une histoire qui appartient désormais à un passé nébuleux. Je n’écris pas pour qu’on me dise que je fais bien ou mal, pour qu’on m’applaudisse ou qu’on me hue, pour qu’on me plaigne. Égoïstement, j’écris d’abord pour moi. Puis pour mes amis aussi, pour ceux qui ont été là et qui le sont encore, pour ceux qui s’intéressent à moi, pour ceux qui essaient de me comprendre, de me suivre, pour les rassurer aussi, un peu, parce que  « je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin, je n’ai pas la vertu des femmes de marins. »

 

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