“Indigne de vous plaire et de vous approcher, Je ne dois désormais songer qu’à me cacher.” Phèdre, Racine.

Il était une fois… Ah non, pardon, je me suis trompée! Pas de « il était une fois » car c’est la formule consacrée pour les contes de fées. Et je n’ai pas de conte à raconter, ou alors  du genre de ceux d’Andersen, où les histoires finissent mal. Ce que j’ai à raconter c’est… En fait je ne sais pas ce que c’est, je ne sais plus.

Je sais juste que je suis comme un hamster dans sa roue, en proie à une situation qui se répète, inlassablement. Je tourne, encore et encore. Je me sens comme prisonnière de mots prononcés. Sauf que les mots, encore, ne vont pas avec les actes, ils en sont loin, très loin. On m’a promis que le silence ne serait plus, qu’il ne se reproduirait plus. Mais le silence est bien là, épais, palpable, douloureux. Douloureux parce que j’ai cru à la promesse, naïve que je suis, parce que je ne le supporte pas. J’ai cru aux mots, j’ai cru au regard, j’ai cru au respect. J’ai cru que ce qui avait été ne se reproduirait pas, j’ai cru qu’on m’avait entendue, qu’on avait compris les conséquences du néant et qu’on voudrait m’en préserver. J’ai cru qu’on savait que je ne méritais pas cela, que je valais mieux. J’ai cru qu’être honnête, sincère amènerait une réciproque… Et je ne sais pas si j’ai eu tort ou raison. Je ne sais pas si je me trompe, je ne sais pas si mes peurs ne parlent pas pour moi, je ne sais pas si je dois avoir confiance.

Ce que je sais c’est que je suis blessée, meurtrie. Que je ne comprends pas, avec cette impression lancinante de ne finalement jamais rien comprendre. Est-ce-que je n’ai pas vu les mensonges? Est-ce-que j’ai mal donné ma confiance? Est-ce-que j’ai pu me tromper à ce point? J’en connais qui me dirait « je te l’avais bien dit ». Oui. Sans doute. Quelle belle petite victoire que d’avoir prédit la désillusion, la tristesse! Sauf que personne n’était là avec moi, personne n’a vu ce que j’ai vu, connu celui que j’ai connu. Alors, oui, peut-être me suis-je trompée sur toute la ligne, peut-être. Je ne sais pas, peut-être n’aurais-je d’ailleurs jamais la réponse. Mais je ne peux pas y croire.

J’ai envie de croire que je ne me suis pas plantée. J’ai envie de croire que ce que je ressens comme du mépris n’en est pas. J’ai  envie de croire en ce que j’ai lu dans le bleu des yeux. J’ai envie de croire que j’ai été entendue, respectée. J’ai envie de croire que la belle personne que j’ai vu existe ailleurs que dans mon imagination. J’ai envie de croire que ce n’est  pas lié à moi… Mais, cela me hante. Et si le problème c’était moi? Si je n’étais pas assez ceci, assez cela, trop truc? Et, là encore, mes questions resteront sans réponse, feront face au silence assourdissant. Et j’en ai assez. Assez d’avoir l’impression que l’on se moque de moi. Mais je ne peux rien y faire, j’ai fait, déjà. Je n’ai plus qu’à accepter les moqueries…

Mais je ne les comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi la promesse fut faite si elle était vouée à ne pas être tenue. Il suffisait de dire la vérité, de ne pas prononcer des mots vidés de leurs sens. Il suffisait de dire au revoir, proprement. Parce que ce silence, cette disparition, ce refus de la communication est insupportable et infiniment blessant. Parce qu’il est incompréhensible. Parce qu’il est violent. Parce qu’il est méprisant. Et qu’ai je fait pour mériter ce mépris? Est-ce juste une réponse à ce que je suis? Suis-je indigne au point qu’il faille qu’on disparaisse à ma vue, sans aucune explication ou considération? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Et je me refuse à croire en la pérennité du néant. Derrière les nuages se cache toujours le soleil. Attendons qu’il se lève, d’une manière ou d’une autre! Espérons qu’il se lève et qu’il éclaire! Espérons qu’il chasse la noirceur et la tristesse.

J’aimerais une fin comme dans les contes de Grimm, une fin heureuse, une fin où l’équilibre est rétabli, où l’apprentie princesse est heureuse.  Où la gentille fée, sorte de deus ex machina, vient tout régler d’un coup de baguette magique. Où la bonne marraine vient assurer à la future princesse que tout ira bien, qu’on ne se paiera plus sa fiole. Où le chevalier a une parole, qu’il tient. Où il est tel que l’avait vu la princesse. Où il la protégera de son bouclier, où il ne sera plus l’agresseur. Où la princesse ne s’est pas fourvoyée, où on reconnait ses qualités, où on la respecte. Où la main qu’elle tend au prince sera saisie, sans crachat.  Une fin jolie, sans exigence de carrosse, de richesses, de diamants, de demeure somptueuse, de cheval blanc ni même d’amour éternel et de nombreux enfants. Une fin où la princesse  ne reste pas à ramasser les cendres. Mais les contes sont d’un autre temps. Pas du mien. Mon temps semble être  celui où “Indigne de vous plaire et de vous approcher, Je ne dois désormais songer qu’à me cacher.”.

Semble être…

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