« Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur ». Racine

Il existe des personnages qui me fascinent autant qu’ils m’agacent. Parmi eux, se trouve Hippolyte, fils de Thésée et beau-fils de Phèdre. J’ai lu et relu la pièce de Racine, comme ça commence à se savoir, et, à chaque fois, il me tape sur les nerfs, en même temps qu’il suscite une autre émotion, plus trouble, chez moi. Et je n’ai compris que récemment pourquoi et ce que c’était. J’ai mis le temps donc, mais cela doit faire partie des choses autour desquelles on tourne sans réussir à les toucher car tous les éléments ne sont pas encore en place. Il faut donc croire qu’ils le sont désormais.

Hippolyte m’agace donc. Il est orgueilleux, fier. Très, trop. Il s’aime d’un amour inconditionnel et démesuré. Il s’adore car il se sait vertueux et qu’il n’a eu de cesse de travailler à renforcer cette vertu. Et certaines de ses répliques sont détestables tant elles transpirent l’extrême fierté comme « Je me suis applaudi quand je me suis connu » qui a toujours le don de me faire lever les yeux au ciel. Cela dit, il n’a pas tort. Mais je crois que le fait qu’il ne pratique pas la fausse modestie m’estomaque, pour diverses raisons que je vais taire. Il est orgueilleux donc, ce qui s’explique aussi par le fait qu’il soit fils d’une amazone. Cependant, et c’est aussi ce qui m’énerve chez lui, il est terriblement complexé par le fait d’être le fils d’un héros qui lui fait de l’ombre. Il ne se sent pas digne de son père, ne cesse d’en vanter les divers faits héroïques et de se comparer. Ce paradoxe chez lui, la fierté extrême et le sentiment d’infériorité donc, m’exaspère. Parce que, d’une certaine façon, je le trouve lâche dans le sens où il ne va pas au bout de ses idées, de ses ambitions. Je ne sais pas si mon idée est très claire sur le papier, mais, ce que je veux dire, c’est que se vantant de sa vertu, de ses qualités, il n’est pourtant pas capable de se mesurer au père, devenant ainsi un homme, plus précisément l’homme qu’il voudrait être. Et c’est horripilant. Car il ne suffit pas de vouloir être, il ne suffit pas de se fantasmer, il faut se donner les moyens de se réaliser, il faut se mettre en danger. Ce qu’il ne fait pas, en tout cas pas sur ce point.   Ainsi, à mes yeux, il apparaît comme un couard, vaguement geignard, que j’ai envie de confronter à son paradoxe une bonne fois pour toutes. Et c’est assez idiot car il a, par ailleurs, des qualités réelles et je crois que la lâcheté que je lui prête n’existe que dans ma perception des choses…

Je disais qu’il avait de réelles qualités, et c’est pour cela que je l’admire. En effet, accusé par la nourrice de sa belle-mère de tentative de viol sur cette dernière, il ne va jamais révéler à son père que c’est un mensonge et que la vérité est que c’est Phèdre qui le désire. Car cela l’abaisserait et blesserait ce père tant aimé. Sa seule défense va être de mettre en avant, encore une fois, sa vertu, comme si, à elle seule, elle suffisait à le rendre innocent. Ainsi, il rappellera que : « Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ;/ Et jamais on n’a vu la timide innocence /Passer subitement à l’extrême licence ». Il fait donc preuve d’honneur et de retenue. Et je trouve cela admirable. Néanmoins, paradoxalement, cette défense m’irrite profondément car elle va le mener à la mort. Je le trouve noble autant que stupide… Et, pour être honnête, si cela m’excède autant, c’est que j’ai tendance à faire la même chose. Il n’est pas question, il n’est plus question plutôt, que je combatte quand on se méprend sur mon compte. A l’instar du jeune prince d’Athènes, j’ai cessé depuis un petit bout de temps de me défendre sur ce point. J’estime que je n’ai pas à prouver ma valeur, à prouver que je n’ai pas tel ou tel défaut, pensant que mes actes, l’observation attentive de ma personne suffisent à démontrer ce que je suis. Je n’ai pas à argumenter pour faire valoir ma personnalité. Ou plutôt je n’en ai pas envie. Et c’est assez idiot. Et je m’en rends bien compte à travers le fils de l’amazone. Parce qu’il en meurt. Parce qu’à agir ainsi, on laisse le champ libre aux interprétations plus ou moins heureuses, aux condamnations faciles. Surtout, quand, comme moi, on est handicapé par une incapacité à communiquer certaines choses, ou à mal communiquer. Aussi conviendrait-il de rétablir la vérité sur les jugements erronés. Cela dit, plus j’y réfléchis plus je me dis que c’est aussi vain que d’adopter la défense d’Hippolyte. En effet, peu de chances que les gens croient ce que l’on dit sur nous-mêmes puisque nous sommes bien souvent assez mauvais juges, versant, pour beaucoup,  vers une version plus noire que la réalité. Le serpent se mord donc la queue…

Alors, je m’interroge sur la façon de faire. Et, encore une fois, je n’ai pas de réponse. En tout cas, pas une universelle, pas une qui vaille la peine. Je crois que me concernant, je continuerai à agir comme je le fais déjà, même si c’est stupide, mais si c’est aussi un peu orgueilleux. Et encore, en l’écrivant, je me dis que non. Parce qu’il n’est pas question ici de dire que je suis parfaite, loin de là, très loin. Non, il est juste question de dire que ma seule défense concernant les attaques sur ma personnalité sera de laisser la possibilité à l’assaillant de me regarder. Et il verra ce qu’il y a à voir, si tant est qu’il veuille mener l’observation en abandonnant la subjectivité, si tant est que je ne sois pas trop mauvaise communicante pour qu’on me voit telle que je suis, profondément.

Ainsi, Hippolyte me renvoie à ma dichotomie. Il m’agace parce que, sur certains points, je me retrouve en lui, aussi bêtement idéaliste, aussi stupidement à la recherche de la vertu morale confinant à la perfection.Il m’irrite car, comme moi, il croit naïvement qu’on reconnaîtra sa valeur si son comportement est noble. Il m’énerve car je lui envie de pouvoir dire que « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur », même si je trouve cela horriblement prétentieux et arrogant.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s