« Le délinquant relationnel est quelqu’un chez qui la pulsion de mort triomphe et où la pulsion de vie est très secondaire. Il est incapable de contracter (c’est-à-dire de passer un accord éthique avec un tiers), il dit une chose et fait son contraire dans les actes, est incapable de s’engager, d’être de bonne fois, d’honorer une parole, incapable de mémoire sur lui-même, ne sait plus ce qu’il a dit, peut-être qu’il l’a dit, mais pas comme ça, ben non, bien sûr. » Onfray

Je suis en pleine relecture de différents ouvrages traitant de la condition humaine, directement ou pas. Parmi eux, La puissance d’exister d’Onfray. Et son analyse de ce qu’il appelle le « délinquant relationnel » me fait me poser des questions. Ce n’est pas la première fois que je lis son analyse, pas la première fois que je partage son point de vue, mais aujourd’hui j’ai envie d’écrire à ce propos. Attention, je n’ai pas la prétention de m’ériger à son niveau, de me confronter à ses mots qui sont, bien évidemment, meilleurs et plus limpides que les miens, mais juste donner mon humble avis, mon impression sur la question. Je ne prétends d’ailleurs pas avoir raison. Je m’interroge, ici et par écrit, comme cela devient une habitude et puisque c’est la fonction première de ce blog: réfléchir à « voix haute » et le partager avec qui veut le lire. Et oui, forcément ce sont mes réflexions, mon avis et donc un peu de moi. Il est en effet difficile, et surtout inutile et prétentieux, de parler aux noms d’autres dont on ne connaît ni les pensées, ni le mode de fonctionnement. Donc, oui, bêtement, je parle de moi, je pars de moi,  parce que c’est finalement ce que je connais le mieux. Tout le monde le fait d’ailleurs, quoi qu’on en dise et bien que beaucoup s’en défendent… Ce n’est pas mon cas, je ne m’en défends pas, je le reconnais aisément et je l’assume, sans rougir. Onfray écrit d’ailleurs: « Partir de soi ne contraint pas à y rester, ni à y prendre un plaisir potentiellement coupable ». Ainsi, et comme je l’ai entendu à demi-mots, il n’est pas question d’égocentrisme ou de nombrilisme. Absolument pas. Cette accusation montre d’ailleurs une méprise totale sur la fonction première de ce blog qui est donc, comme je l’ai dit plus haut, de réfléchir à « voix haute », sur les autres et sur moi, d’évoluer, de me construire en somme, tout en le partageant avec ceux que ça intéresse… Et ça a au moins ce mérite là car je suis convaincue que la réflexion sur soi amène aux autres dans la mesure où elle permet de rectifier des comportements, des pensées nuisibles à la bonne relation à autrui. Il ne s’agit donc pas d’asséner des vérités générales, de faire de ma pensée une vérité absolue mais de la partager, avec ce qu’elle a de subjectif et de biaisé, comme c’est toujours le cas. Il ne s’agit pas non plus d’analyser les écrits d’Onfray et d’en émettre une critique, ce n’est pas de mon niveau. Ceci étant dit…

Le délinquant relationnel donc, pour en revenir à nos moutons. Ce serait donc quelqu’un qui serait incapable de contracter, par absence de structure morale permettant de le faire. Ce qui revient à dire que certains seraient dans l’incapacité totale d’avoir une relation non nuisible avec autrui, de façon intrinsèque. J’imagine qu’il s’agit de personnes ayant été victimes de divers traumatismes dans leurs enfances ou d’un défaut éducatif. Néanmoins, quelque chose me gêne profondément dans ce premier aspect du délinquant sus-nommé. En effet, cela voudrait dire que foncièrement, ce n’est pas de sa faute. Il serait innocent de ses agissements car prédéterminé. Sauf que tout adulte a le choix de travailler pour corriger des comportements nuisibles aux autres. A mon sens, à partir du moment où il ne le fait pas, il bascule dans l’acte délibéré et non plus conditionné par des traumas ou que sais-je.

De fait, une relation, et peu importe sa nature, à l’autre doit être vectrice de plaisir pour les deux actants. Il convient donc d’avoir le comportement adéquat afin de ne pas infliger de douleur à l’autre, c’est ce dont Onfray parle quand il emploie les mots « contrat » et « éthique ». Or, pour pouvoir le faire, il faut sortir un peu de soi. Car l’autre n’est pas nous et n’a pas les mêmes réactions ou ressentis. Si bien sûr il convient de commencer par suivre le célèbre adage « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse », une relation équilibrée et synonyme de jouissance partagée va un peu plus loin. Sans parler de se fondre dans l’autre, de produire un mimétisme qui annihilerait, à terme, la personnalité, il faut sortir de soi et faire attention à la personne qui nous fait face. C’est à dire qu’il faut faire attention à ne pas la blesser, elle. Et ce qui la blesse n’est pas forcément ce qui nous heurte. Donc, il faut observer, apprendre à connaître, en un mot être attentif, ce qui forcément nécessite un véritable goût des autres et une volonté de faire des « efforts ». Et c’est là toute la difficulté et tout le problème des interactions avec autrui et plus particulièrement avec le délinquant relationnel. En effet, celui-ci ne se soucie de l’autre que pour ce qu’il lui apporte. C’est donc une relation à sens unique, où l’un va beaucoup plus se donner que l’autre. Pire, le délinquant relationnel, non content de ne pas se donner, va délibérément manquer à ses paroles et va donc faire souffrir, en toute conscience. Oui, parce qu’arrêtons 5 minutes: toute personne qui ne fait pas ce qu’elle dit, qui se comporte comme le dernier des chacals le sait. Simplement, il l’ignore, il s’aveugle car la souffrance qu’il inflige ne l’intéresse pas puisque seul son propre intérêt compte. Mais comme l’image qu’il se renvoie l’insupporte, comme il ne peut admettre qu’il n’est finalement pas l’Homme droit et fréquentable qu’il aime penser être, il va se trouver des excuses, mentir (il n’a jamais dit ce que vous avez entendu, vous inventez!  ), être de mauvaise foi, bref s’innocenter afin de laver sa conscience. Ces simples faits montrent qu’il sait très bien qu’il ne se comporte pas correctement, sinon nul besoin de mentir et d’être de mauvaise foi.

Le pire est que ce genre de personne, sans foi ni loi, est capable de faire culpabiliser l’autre qui se dit, en effet, qu’il a mal compris et qui va essayer d’arranger la situation après remise en question. Sauf que… Sauf que cela ne peut fonctionner puisque la remise en question, comme le reste, sera à sens unique. Le délinquant relationnel n’a jamais tort, rien n’est jamais de sa faute, les autres sont toujours méchants ou cons, au choix. C’est donc peine perdue. De surcroit, plus l’autre essaie, s’excuse après avoir culpabilisé, se remet en question, plus notre chacal se sent renforcé et pire sera son comportement. Au mieux, on obtient des excuses pro domo qui sont un leurre (se méfier de la formule « je m’excuse mais… » Formule qui d’ailleurs montre les lacunes grammaticales de celui qui l’utilise… Et , quand on présente ses excuses, sincèrement, elles sont entières, il ne peut donc y avoir de « mais »). Pour un peu, si tant est que le délinquant en question soit légèrement manipulateur sur les bords, il va réussir à se faire passer pour une victime de l’autre qui devient alors un vil accusateur qui interprète tout mal, susceptible qu’il est, et qui n’aura plus qu’à se taire, puisque de toutes façons il a tort.

Onfray dit que, face à ce genre de personne, il n’y a qu’une seule chose à faire: fuir, vite et loin. Je ne suis pas certaine -l’art de l’euphémisme…- que cela soit si simple. De fait, il faut déjà le repérer, l’identifier comme incapable de produire autre chose que de la souffrance chez autrui. Et pour le voir, il faut ouvrir les yeux et réaliser que oui, il existe de telles personnes. Déjà, ce n’est pas simple car admettre que l’on puisse se comporter ainsi peut dépasser l’entendement. Une fois les yeux grands ouverts on le détecte facilement: c’est celui qui ne fait preuve d’aucune empathie, qui ne va donc jamais s’enquérir de votre santé ou de votre état général, d’autant plus s’il l’a provoqué, après une dispute par exemple. En effet, votre mal être l’indiffère autant que sa première dent, ce qui compte c’est son bien être personnel. C’est aussi celui qui a la parole facile, qui promet beaucoup, qui emploie beaucoup de futurs à valeur de promesses, mais dont on ne voit jamais venir l’acte qui correspond aux dires. Evidemment il va se trouver des excuses, et, attention il est inventif: macramé, poney, migraines, manifestation d’agriculteurs, pas le temps, vous l’emmerdez pour x raisons (et voilà le retour de la culpabilisation), décès d’un cousin qui laisse derrière lui femme et enfants en bas âge (cousin qui décédera deux fois en  deux mois,  c’est du vécu, spéciale dédicace…), ligne téléphonique coupée (alors qu’il vous envoie un mail de son… téléphone! spéciale dédicace bis repetita,cliquer ici ) etc… Notons que les excuses sont souvent une insulte à votre intelligence (notons d’ailleurs que le voyou relationnel a souvent tendance à penser qu’il est intellectuellement supérieur aux autres…) : vous savez qu’il ment mais, trop poli, vous vous mettez des œillères pour ne pas avoir à le confronter à ses bobards et, surtout, pour ne pas souffrir en actant le peu d’estime dont il fait preuve à votre égard. Vous allez donc lui trouver des circonstances atténuantes auxquelles vous ne croirez pas un traître mot vous même. Parfois, cependant, il ne va vous donner ni excuse ni explication, tout simplement car il estime qu’il n’a pas de compte à rendre, ce qui dans l’absolu n’est pas faux, sauf quand on interagit avec autrui: sans rentrer dans les détails qui relèvent de l’intime, une simple explication est toujours bienvenue. Ne vous avisez pas d’ailleurs d’en demander, vous serez aussi bien reçu qu’à l’entrée de Fleury-Mérogis. On peut d’ailleurs mesurer la mauvaise foi et les problèmes d’interaction avec l’autre à cela car, si on ne veut pas fournir d’explications quant à son comportement, ses paroles non tenues, si on estime qu’on ne doit rien à personne, on va au bout de son idée et on va vivre dans une grotte, seul et sans contact avec le monde extérieur à qui on ne doit  rien, donc, au nom de la sacro-sainte liberté individuelle qu’on dégaine dès qu’elle nous arrange.  C’est aussi celui qui est fuyant: un jour là, un jour pas là et qui, quand vous avez l’outrecuidance de le faire remarquer, va vous envoyer paître et vous accuser de paranoïa à tendance casse-bonbons. N’oublions pas que le délinquant n’a pas à rendre de compte! Enfin, on le reconnait bien entendu à une mauvaise foi incroyable: il n’ a jamais dit ce que vous avez entendu, ou pas comme ça, c’est toujours vous qui distordez la réalité. Bref, charmant personnage en somme. Cela dit, une fois que l’on a repéré le rat, le fuir n’est pas chose aisée, justement à cause de son comportement changeant qui entretient l’autre dans le doute, le flou, l’incertitude. Et, bam!, c’est le début de l’emprise et la fin des haricots pour celui qui va essuyer les plâtres et s’en manger plein les dents.

Alors, évidemment, tout le monde se dit que la victime est consentante, elle est libre de ne plus parler, de ne plus interagir avec le malotru, de le fuir. Tout le monde se dit que cela ne lui arrivera jamais blablabla… Oui. Sauf que ce genre de discours n’est valable que quand on est en dehors de l’emprise, que quand on est sûr d’avoir à faire à un délinquant relationnel. Or, comme je l’ai expliqué plus haut, tout le système de ce genre de personne tient sur la confusion qu’il amène chez l’autre. Et c’est le doute qui cimente ce genre de relation…

Que faire alors? Je n’ai évidemment pas la solution, je ne prétends pas avoir réponse à tout. Je crois, et ce n’est pas pour cela que je suis capable d’appliquer ce que je vais écrire à moi-même, que dès que l’on se retrouve face à quelqu’un dont le discours n’est pas en correspondance avec les actes, dont le comportement est changeant (un peu lunatique ou alternant la chaleur et la distance), dont la mauvaise foi est évidente, dont vous voyez qu’il ment, qui n’ a aucune empathie et qui donc vous blesse, il faut, en effet, prendre ses jambes à son cou. Parce que ce genre de personne n’apporte rien si ce n’est désolation et souffrance, à la manière d’un fringuant cavalier de l’apocalypse, pour reprendre la formule consacrée d’un de mes amis, c’est à dire sans l’ombre d’un remord. Parce que, quoi que vous pensez, vous ne pouvez le raisonner -je sais de quoi je parle…- car il ne se remet jamais en question, investi de la toute puissance que lui confère l’absence de remord, donc de morale ou de conscience. Il faut fuir donc. Du moins il faudrait fuir… Et à quoi tient le fait que certains fuient ou pas, que certains comprennent qu’un piège est en train de se refermer sur eux, tandis que d’autres ne voient pas le danger, je n’en sais rien.

Je sais juste une chose c’est qu’une relation, amicale, amoureuse, doit apporter davantage de plaisir, de jouissance, que de souffrance et donc les actants doivent travailler dans ce sens, c’est à dire à faire jouir l’autre. Si ce n’est pas le cas, si on ne pense qu’à soi, il faut s’interroger sur ce que l’on est, se regarder dans une glace si tant est qu’on en ait le courage. Il faut se remettre sur les rails. Et je dis il faut, mais non, il ne faut rien, ce n’est pas une obligation. On peut effectivement choisir de ne pas vouloir apporter du plaisir, du bonheur aux autres. C’est un choix comme un autre. Dommage cependant pour l’autre qui n’aura pas fait ce choix, et qui n’aura rien demandé,  à moins qu’il ne soit masochiste. Néanmoins, si l’on prend cette voie, on l’assume jusqu’au bout et on ne vient pas s’étonner, s’outrer, hurler au scandale et à l’injustice, le jour où on croise, à son tour, notre double, le délinquant relationnel qui nous apportera ce qu’on a, jadis, donné à d’autres. On ne vient pas alors jouer les victimes éplorées. Car, finalement, on ne peut reprocher à ceux qui nous font souffrir que ce que nous ne serions pas capables de faire à autrui… C’est cela le contrat éthique, c’est d’abord celui que l’on passe avec soi-même, sans complaisance, sans arrangement avec la réalité. C’est être capable de se regarder sans prisme valorisant, de voir ses actions brutes, crues, de mesurer ses manquements et d’y remédier, sans accuser l’autre à outrance. C’est donc être capable de reconnaître ses torts et de ne pas les reproduire, voire de les réparer par des excuses sincères ou des actes significatifs et pérennes, de se donner sincèrement en somme, d’en apporter des preuves tangibles par des actes, et de donner à l’autre autant que ce qu’on a reçu de lui, afin de pouvoir dire qu’on a fait au mieux, vraiment, pour avoir une relation paisible, harmonieuse à autrui, une relation sans souffrance donnée ou reçue. Mais encore faut-il le vouloir, réellement, et ne pas se cacher derrière des excuses qui serviront de paravent, un jour, plus tard, quand on se rendra compte des échecs successifs, pour masquer l’autosabotage de relations dont on accusera l’autre d’avoir été responsable…

 

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