« In a world of locked rooms, the man with the key is king. And honey… you should see me in a crown » Moriarty, Sherlock Holmes

Bon, citer Moriarty en titre est peut-être étrange au vu de la personnalité du personnage et du contenu de ce qui vient… Mais, depuis plusieurs jours, semaines, cette phrase me tourne dans la tête, frappe aux portes de mon cerveau et je viens de comprendre pourquoi. Il y a peu, alors que je lisais tranquillement, quelque chose s’est allumé dans ma tête. Quelque chose que je cherchais depuis des jours et des jours. Soudainement, sans que ce que je lise ait le moindre rapport de près ou de loin, la réponse m’est apparue, éclatant tel un feu d’artifice sous la forme de cette phrase de Moriarty… La clef, les portes fermées, le roi, la couronne. Tout s’est assemblé d’un coup et, de peur que l’idée ne  s’envole avant qu’elle ne se soit entièrement formée, qu’elle ne s’échappe, je suis restée bloquée dans mon canapé, dans la même position, ne voulant pas faire fuir la révélation, ne voulant pas arrêter mon cerveau qui assemblait les pièces d’un grand puzzle. Mon esprit en escalier était enfin en train de se mettre en branle, avec le temps de latence qui le caractérise. J’ai eu la vague impression d’être Archimède dans son bain, pour un peu j’aurais, moi aussi, braillé Eurêka, bien que l’importance de ma découverte soit bien moindre: l’évolution de l’humanité n’en dépend pas, clairement. La mienne par contre, surement. Et, modestement, je trouve que c’est déjà pas mal!

Pendant ce moment où je suis restée figée, ne voulant pas déranger l’action de mon cerveau, des mots se sont bousculés dans ma tête, dans un ballet assez fascinant. Les mots de ma petite chaman, les miens, ceux de Moriarty, ceux de l’homme aux yeux bleus et aux cheveux clairs, ceux d’Onfray, de La Fontaine, d’une chanson. Sauveur, gentille, clef, roi, colère, limites, politesse, hédonisme, prudence, le ciel est bleu. Je les ai quasiment vu s’assembler, se mettre bout à bout, pour mettre en forme cette réponse que je cherchais. Raconté comme cela, on croirait presque à une expérience mystique, la grâce divine qui se serait penchée sur ma personne. En laissant Dieu en dehors de ça, c’est en effet l’impression que j’ai eu, celle d’une révélation venue de nulle part, d’une épiphanie éclairant soudainement tout. Ouais, c’est tellement beau qu’on dirait du Céline Dion.

Blague à part, ce moment m’a permis de comprendre ce que la chaman a voulu me dire quand elle m’a déclaré que la gentillesse, ça suffisait. Sur le coup, et je l’ai écrit, j’ai refusé cette idée, non, impossible! Sauf que je ne l’avais pas comprise. Je n’avais pas compris qu’elle me mettait en garde contre moi, contre cette gentillesse qui en fait est ambivalente. Parce que, sous couvert de gentillesse, je refoule mes émotions, émotions qui sont censées me protéger, m’alerter et me faire poser des limites. A cause d’elle, ou du moins à cause de la conception que j’en ai, je me suis mise dans une situation douloureuse pour moi. J’ai tout confondu. J’ai cru que je devais annihiler mes émotions, au lieu de les gérer, c’est à dire ne pas les laisser éclater n’importe comment. Pas pour moi, mais pour les autres, pour ne pas être méchante, pour ne pas blesser, pour être aimée. Sauf que, dans ce processus de la gentillesse à tout prix, je me perdue moi-même, je me suis effacée au profit d’autres. Sûrement en croyant, en espérant, que mon comportement m’amènerait, en retour, la douceur que je cherche. Evidemment non. Et mon monde s’est donc transformé en univers manichéen avec les gentils d’un côté, moi, et les méchants de l’autre. Pendant ce temps là, je m’en sortais avec les lauriers, dans mon esprit j’entends -renforçant sans doute au passage mon ego- en me disant que moi, au moins, j’étais gentille, mais blessée… Et c’est d’un ridicule incroyable! D’une bêtise sans nom, la chaman avait raison. Parce que j’aurais dû m’opposer, dire stop, montrer les dents. Non. J’ai gentiment tendu l’autre joue et suis devenue spectatrice complètement passive de ma vie, pour faire plaisir à d’autres qui ne le méritaient aucunement, pour ne pas paraître méchante et ne pas être jugée. Je me suis effacée donc, toute seule, comme une grande. Pour un peu je m’en collerais une! Parce que si ce comportement dénote un clair manque de confiance en moi, le maintenir n’a fait que creuser ce manque, jusqu’à mener à une disparition totale de l’estime que je dois me porter. Je suis devenue, en l’espace de peu de temps, à cause de concessions faites et réitérées pour ne pas déranger, blesser, une pauvre petite chose tendance biche dans les phares d’une voiture. Pour ne pas créer de problèmes à-celui-dont-je-ne-veux-plus-entendre-parler, je me suis écrasée devant les impolitesses et ingérences répétées de ma chère ex (hallelujah!) belle-mère, pour ne pas le blesser lui, je me suis tue devant des comportements inacceptables, pour ne pas mettre des collègues/amis mal à l’aise, j’ai refoulé des émotions, des répliques cinglantes pour me défendre. Et je n’ai cessé de le faire. Encore et encore. A mes dépends. Et je suis devenue une autre… Surtout par rapport aux hommes, devant lesquels j’ai commencé à m’écraser, reproduisant ce que j’ai fait avec celui-dont-je-ne-veux-plus-entendre-parler.

Étonnamment, et ça a contribué, je le crois, à mon épiphanie récente, ce comportement idiot et ce manque de confiance n’a jamais touché mon travail. Je pense d’ailleurs que certains seraient très surpris de me voir en classe. Là, dans cet espace clos, devant 35 gamins, j’ai pleinement confiance en moi. Bien sûr, j’ai confiance en mes connaissances, même si elles sont loin d’être parfaites et que j’ai conscience que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Mais, justement, je m’en accommode, travaille pour m’améliorer et n’ai aucun problème à dire que je ne sais pas quand c’est le cas. Et je ne doute pas. Je ne me laisse pas déstabiliser par les gamins. Jamais. Plus jamais devrais-je dire, car c’était le cas au début. Puis, un soir où j’étais très mal suite à une journée particulièrement rock’n’roll avec des classes de collège, j’ai eu ma tante au téléphone. Et elle m’a dit quelque chose qui est resté gravé dans ma mémoire et qui a fait que, plus jamais, je ne me suis sentie mal en cours. Elle m’a dit: « ce n’est pas toi qu’ils attaquent, mais ce que tu représentes. Toi, ils ne te connaissent pas. Ta personnalité, qui tu es, ils n’en savent rien. Ne prends jamais ce qu’ils disent comme personnel. Et surtout, enseigne avec ce que tu es, ne rentre pas dans un rôle ». Ces quelques mots ont tout changé. Jamais plus je ne me suis sentie atteinte par leurs remarques et, surtout, ils en ont fait beaucoup moins. Parce que j’ai acquis une confiance en moi inébranlable dans cette sphère du travail. Je suis le chef, je pose mes limites et elles ne se discutent pas. Je ne reviens jamais dessus. Ce qui ne veut pas dire que je suis un tyran, loin de là, mais il y a des règles et on s’y tient. Et, quand un gamin dépasse les bornes, je n’ai aucune difficulté à le remettre vertement en place, à montrer les crocs, à la manière d’un chef de meute, à m’imposer physiquement, voire à être mordante quand il le faut. Et ça ne me pose aucun cas de conscience. Si je dois mordre, c’est parce que des limites ont été dépassées et que le gamin doit être remis à sa place, loin de ces frontières. Mes classes ont donc le sentiment d’avoir en face d’eux quelqu’un de très sûr de lui… Quelqu’un qui, en plus, leur montre qu’eux aussi ont des limites qu’il convient de respecter. Cette semaine, un élève a aboyé sur une fille de la classe, en mode petit mâle dominant. Je l’ai remis vertement à sa place. Et j’ai rappelé à la gamine qu’elle ne devait pas se laisser parler ainsi, jamais. Qu’un homme devait la respecter. Et en lui disant cela, je me suis dit que je faisais une belle hypocrite. Oui. Applique tes propres conseils à ta vie ma grande! Cette femme que tu es, là, dans cette salle de classe, amène là avec toi en dehors de ces murs! Amène la face à un homme et montre tes crocs pour ne plus jamais que tes limites soient dépassées.

Parce que, foncièrement, c’est de cela qu’il s’agit: cesser de me laisser atteindre, cesser de laisser certains attaquer mon identité, mon noyau. Et ce que ma tante m’a dit pour les élèves est aussi vrai pour d’autres, dans le sens où je me sens atteinte par des comportements, des réflexions, venus de gens qui ne me connaissent pas. A quoi cela ressemble, franchement? A rien… Seules les « attaques » de proches, de personnes qui ont une réelle connaissance de ma personne devraient me toucher, devraient me pousser à réfléchir, à me remettre en question. Les autres ne devraient même pas parvenir jusqu’à mon cerveau puisque je devrais les arrêter en plein vol, qu’elles ne franchissent même pas le seuil de mes oreilles. Et, si cela arrivait, par inadvertance de ma part, je devrais repousser la personne hors de mes limites. Lui signifier, poliment mais fermement, que je n’accepte pas ce type de comportement. Je suis la clef et je suis reine en mon royaume, c’est à dire dans ma vie. A trop vouloir faire attention aux autres, à trop vouloir être attentive, dans l’écoute, dans l’empathie, j’ai perdu de vue que la personne la plus importante pour moi, c’est moi. Que je devais me faire passer avant les autres, et il n’est pas question de nombrilisme patenté mais juste de logique, d’amour de moi. Car clairement, j’ai écouté beaucoup, j’ai laissé de côté mes émotions pour des gens qui souvent n’en valaient pas la peine. Parce qu’une relation se mesure aux actes, non aux mots. Et que dire de quelqu’un qui ne prend pas de vos nouvelles, qui n’est pas capable de répondre à un message, qui impose, sans dialogue possible, ses décisions, qui ne vous appelle que quand ça ne va pas, qui vous parle mal, vous manque de respect, qui est agressif, ne se remet jamais en question etc…? Pas grand-chose si ce n’est que cette personne ne mérite pas l’attention et la gentillesse donnée. Et je l’ai enfin compris! J’ai enfin compris que ma gentillesse devait être axée sur les gens qui se comportaient avec égard, politesse, douceur. Qui me prouvaient une réciproque, par des actes, et non par de vagues mots à valeur de promesses aussi solides qu’un château de sable par jour de grande marée. Puis, j’ai aussi compris, et il était temps, que cette gentillesse affichée était en fait vue comme une faiblesse par certains qui en profitent allègrement, prennent ce qu’il y à prendre, sans évidemment rien donner en retour, ou alors des miettes. Que ces attentions que j’ai donné ont servi à redorer des ego, mais pas le mien, malheureusement.

J’ai aussi compris que, bien souvent, je ne suis pas responsable du comportement des autres. Ce n’est pas forcément par rapport à moi. Les autres sont responsables de leurs actes, ils leur appartiennent, ils ont choisi leurs agissements, comme moi je choisis les miens, et, à ce titre, je n’ai pas à me laisser culpabiliser par des gens incapables d’assumer leurs divers manquements. En somme, je dois cesser de prendre les choses personnellement comme me disait ma tante. Surtout que, souvent, quand les autres sont blessants, par volonté de l’être -je ne parle pas des blessures par maladresses ou inadvertance- ils agissent  en miroir, c’est à dire en reprochant, en attaquant sur ce qu’ils sont eux. Ainsi, quand les choses reprochées, et on le sait, ne sont pas de notre fait, ne correspondent ni à nos actes, ni à nos défauts, nul besoin d’écouter et encore moins de se sentir ébranlé. Et voici la clef… qui porte le nom de confiance en soi.

Alors, oui, la chaman a raison. Il faut que je cesse cette gentillesse mal orientée qui est envoyée aux quatre vents. Quelqu’un me disait qu’elle se mérite. Oui. En effet. Nul besoin de la donner à ceux qui la piétinent et la prennent pour une faiblesse. Comme écrivait Onfray, il n’y a pas d’Amour mais des preuves d’amour, pas d’Amitié mais des preuves d’amitié. Donc, tout est question d’échange, et pas de don à sens unique, et de preuves. Aussi ma gentillesse sera donnée quand elle aura été méritée, quand on m’aura prouvé que la relation vaut la peine. Pas autrement, par peur de ne pas être aimée, par peur d’être mal jugée, en attendant qu’on agisse avec douceur en retour. Parce que c’est rarement le cas. Au contraire. En ne posant pas de limites, on laisse le champ libre à ceux qui, mal élevés, à la morale vacillante, vont en profiter et mépriser, alors qu’ils respecteront quelqu’un qui montre les crocs, voire qui serait franchement infect. C’est incompréhensible, et, justement, il ne faut pas chercher à comprendre, juste acter. Mes attentions, mon écoute, mes mots, mes actes, seront ainsi désormais donnés à ceux qui m’auront prouvé par des actes réitérés leur attachement à moi, leur respect. Comment? En ne dépassant pas les limites de la politesse élémentaire, en faisant attention à moi, en ayant une parole qui correspond à des actes, en ne mentant pas, en ne projetant pas n’importe quoi sur moi. Bref, en étant droits. En attendant je resterai en retrait, je ne donnerai rien d’autre que le minimum nécessaire. Parce que je sais ce que je vaux, ce que j’accepte et ce que je n’accepte pas. Et plus de peur de ne pas être aimée, ça ne changera jamais ce que je suis.

Parce que je suis la reine en mon  royaume, parce que c’est moi qui détient la clef des portes que j’ai fermées, toute seule, par bêtise. Parce que « le temps est bon, le ciel est bleu ». Parce que je suis la louve qui montre les crocs quand elle est attaquée, quand les limites ont été franchies. Parce que j’ai aussi le droit de claquer la porte aux nez de ceux qui se seront introduits brutalement, qui auront forcé les serrures et tant pis si cela ne leur plaît pas, leurs comportements m’incommodent aussi. Parce que « si vis pacem, para bellum ». Parce que je ne dépends de personne, d’aucun avis, aucun jugement, aucun amour, sinon les miens. Parce que je ne dois pas m’effacer pour faire plaisir-ou pas d’ailleurs- à d’autres, parce que je suis la reine de mon univers. Parce que, oui, « honey you should see me in a crown »…

 

 

 

 

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