“Quand quelqu’un prend une décision, il se plonge en fait dans un courant impétueux qui l’emporte vers une destination qu’il n’a jamais entrevue, même en rêve.” Paulo Coelho

Il y a quelques temps cela, j’avais écrit un article sur le choix, ou plutôt sur mon incapacité momentanée à en faire un. En l’écrivant, je pensais à une situation bien particulière, dans laquelle je me sentais coincée et incapable de trancher par une décision claire. Je pensais alors que mes difficultés étaient liées à cette situation… Or, force est de constater que non. Je réalise aujourd’hui que j’ai un réel problème avec les choix. Pour autant, cela ne veut pas dire que je suis indécise, ou que je suis face à un dilemme cornélien chaque fois que je dois choisir, non, c’est évidemment plus insidieux que cela.

Si je n’ai aucun problème à me décider rapidement pour ce qui concerne ma seule personne, c’est beaucoup plus difficile, voire impossible quand les décisions impliquent d’autres personnes. Ce qui me fait dire que mon problème n’est donc pas de trancher, puisque je le fais quotidiennement quand je suis la seule impliquée, mais de m’imposer, ou plutôt d’imposer une décision, la mienne,  face à autrui. Ceci est d’ailleurs assez étrange car je n’ai pas de problème, par exemple, à tenir tête à quelqu’un avec qui je ne suis pas en accord, peu importe l’identité et le rang social de cette personne. Mais, quand il s’agit de trancher, de faire valoir mon choix, surtout s’il n’est pas le même que celui de la personne qui me fait face, je deviens incapable de décider. Je culpabilise, je n’ose pas, je suis perdue. Pour être plus précise, au moment où on me demande mon avis, à l’instant où je devrais faire part de ma décision, je ne sais plus. Je ne fais pas semblant, je ne sais vraiment plus. Ou plutôt, je le crois, je me perds dans les méandres du raisonnement d’autrui, je remets en cause mon positionnement… Et c’est indubitablement pour ne pas avoir à le faire valoir.

Si je ne veux pas, ou plutôt si je ne peux pas, m’imposer, imposer ma décision, c’est pour des raisons diverses.
Tout d’abord, j’ai peur de vexer, de blesser. J’ai peur d’avoir à dire non car dire non, dans mon esprit, c’est refuser quelque chose à autrui. Dans ces cas là, je dis donc oui, à mon détriment puisque je me retrouve à faire ce dont je n’ai pas du tout envie. Ainsi, je me suis retrouvée dans des situations impossibles pour moi, à devoir voir des gens qui me hérissaient le poil, juste pour ne pas les vexer, juste pour ne pas leur dire non. Sauf qu’à agir ainsi, il m’est arrivé de faire des crises d’angoisse, de me rendre malade physiquement, pour faire plaisir à d’autres.   Mais, quelqu’un de bienveillant m’a dit qu’il fallait que j’apprenne à dire non et que ce non n’était pas dirigé contre les autres, qu’il était une mesure de protection pour moi, un non pour me protéger de situations désagréables. Que je n’étais pas obligée de faire des choses contre ma volonté, de voir des gens que je n’aime pas. Aussi évident que cela puisse paraître, ce fut pour moi une révélation. Sans doute parce que mon éducation m’a appris qu’on devait faire « des efforts », être gentil. Oui, en effet, il faut. Mais j’ai désormais compris que ces efforts devaient s’arrêter quand ils me rendaient malades. J’apprends donc doucement à dire non, à imposer mon choix, calmement, quand je ne veux pas vivre certaines situations.
Ensuite, et c’est plus compliqué, il y a ce cas où imposer mon choix revient à me mettre en danger. Bien entendu, je ne parle pas de danger de mort, physique, mais de danger émotionnel. Ainsi, si j’ai peur de dire ce que je veux c’est parce que j’ai la hantise d’être rejetée, blessée, voire humiliée, ou, plus simplement, de me dévoiler, c’est à dire de dévoiler mes sentiments ou émotions. Surtout si la personne en face semble assurée dans sa décision. En effet, comment dire que je n’ai pas la même sans risquer le malaise? Je me retrouve donc à ne jamais dire ce que MOI je veux, à laisser d’autres m’asséner leurs décisions, que je ne te contredis pas, puisque j’en suis incapable, et donc à me retrouver coincée dans une situation que je n’ai pas décidée, que je ne désire pas. De plus, agir ainsi donne le plein pouvoir à autrui et me donne l’impression détestable que je n’ai plus de choix à faire, puisque l’autre a déjà fait le sien. Ainsi, je deviens dépendante des désirs de l’autre, je n’ai plus qu’à suivre. Et c’est détestable. Parce que cela me met en position de faiblesse -dans ma tête, pas nécessairement en vrai, parce que cela me rend triste. Et l’autre n’est pas à blâmer, je suis la seule responsable de ces situations puisque je ne suis pas capable de m’imposer, de trancher.
Cependant, j’ai fini par réaliser -et il serait temps- que je devais cesser séance tenante de me comporter ainsi. Que je devais faire entendre ma voix, que je devais me positionner, dire ce que je veux. Que je ne devais plus laisser trop de place aux autres puisque le plus important pour moi c’est d’agir selon mes désirs, mes envies. Bien sûr, il ne s’agit pas de devenir complètement égoïste et de ne plus faire cas des demandes d’autrui, mais simplement de ne plus les faire passer avant les miennes. Je vais donc me positionner, clairement. Je vais donc cesser de répondre favorablement aux demandes qui me déplaisent, cesser de me mettre dans des situations que je ne désire pas, qui me font souffrir. Et ce n’est pas évidement pas sans lien avec la confiance en soi que je regagne chaque jour un peu plus. Je veux que ma voix vaille autant que celle des autres et, pour cela, je dois commencer par la faire valoir, commencer par penser que j’ai le droit de vouloir telle chose ou de ne pas désirer telle autre. Et, oui, il faudra donc que je me dévoile, que je fasse tomber la carapace, que je me mette en « danger ». Mais c’est sans doute mieux, plus sain, moins dangereux que d’aller dans le sens de décisions qui me déplaisent, qui me mettent à mal.
Je vais donc commencer, doucement. Je vais cesser de dire que je ne sais pas. Je vais prendre les décisions qu’il faut, même si elles me déplaisent car elles tranchent dans le vif. Mais c’est la seule voie pour cesser de subir, le seul chemin pour ne pas avoir de regrets, en me demandant ce qu’il se serait passé si j’avais dit, la seule route pour ne plus dépendre de décisions qui ne sont pas les miennes.
Mais… pour moi qui aimerait savoir ce qu’il se passera si je fais tel choix plutôt qu’un autre, c’est effrayant car « quand quelqu’un prend une décision, il se plonge en fait dans un courant impétueux qui l’emporte vers une destination qu’il n’a jamais entrevue, même en rêve ».

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