Et toi, t’as envie de quoi?

Pourquoi t’écris Ava? Et pourquoi tu écris des choses que tu ne dis pas dans la vraie vie?

Ah. D’accord. Tu t’interroges, peut-être même que ça t’agace, un peu. Elle est énervante cette fille qui écrit, qui donne son avis sur tout, qui se raconte, qui fait passer des messages. Elle est pénible cette nana à réfléchir sur un blog, à parler de ses émotions, ses sentiments. On n’en parle pas, merde! C’est intime! Pourquoi fait-elle ça? Elle peut pas dire tout ça plus simplement, dans la vraie vie? Peut-être même que quand tu me lis tu me traites de noms d’oiseaux. Parce que ça ne cadre pas avec ce que tu es, avec tes habitudes, avec tes idées. Peut-être que tu te dis que si je fais ça c’est pour me la raconter, que je suis égocentrique, autant que toi… Je te tape sur les nerfs quoi.

Tu veux savoir pourquoi j’écris? Hé bien, je vais te le dire. Suffit de demander. J’écris pour moi, d’abord. J’écris pour mettre mes pensées en ordre, j’écris pour bâtir un raisonnement, j’écris tout le temps, j’écris partout, pas qu’ici. J’écris pour me vider la tête, à la manière de la pensine de Dumbledore. Je jette ce qui m’encombre, ce qui m’étouffe, ce qui me pollue.
J’écris aussi pour les autres, ceux qui veulent bien me lire. J’écris parce que ce n’ est pas simple de communiquer. Et moi je veux bien communiquer. Et je communique mieux comme ça, en ayant le temps de réfléchir aux mots que j’emploie. Parce que je ne veux pas blesser, parce que je veux dire au plus près de ce que je ressens, parce que je veux être bien comprise, parce qu’on peut relire. Parce que quand on écrit, on peut faire durer une émotion, un sentiment, une thèse. Ils sont là, ils existent puisqu’ils ont été matérialisés par les lettres. Ils deviennent pérennes, on ne peut plus les manipuler, les changer. Ils sont immuables. Ils existent au-delà de l’instant de la parole. Ils figent pour toujours un état émotionnel. J’écris alors pour me souvenir de ce qui a été, de ce qui est  et de ce qui sera. J’écris pour ma construction. J’écris pour me rappeler, de toi, d’eux, de mes joies, de mes peines, de mes idées, de moi. Parce que tout change, tout évolue. Parce que ce que je suis aujourd’hui, je ne le serai pas demain. Mais je veux m’en souvenir, pour ne pas me mentir, pour ne pas être malhonnête. Parce que c’est important pour moi, la droiture. Trop parait-il. Mais c’est ainsi.

J’écris aussi parce que la communication ce n’est pas que le contenu de ce que l’on dit. C’est aussi la façon de le dire. C’est aussi la manière dont tu le lis. Et l’écrit laisse une place à ton imagination. Tu imagines mon ton, tu imagines ma voix. Tu m’imagines comme tu le veux. Tu lis ce que tu veux lire, tu comprends comme tu veux le comprendre. Tu fais ta part quoi. Tu participes. Même si tu ne me réponds pas. Tu ne réponds jamais.
A l’oral je fais tout. Je donne l’intonation que je veux, les mimiques de mon visage t’aiguillent, mes gestes, mon corps tout entier communique avec toi. Là, non. Ce sont juste mes mots. Crus. Sans les artifices de la communication non verbale. Je ne peux pas te fuir. Je ne peux pas dire sans dire. Par écrit ça n’aurait aucun sens. Alors, tu vois, par écrit c’est plus limpide, je ne me cache pas. Il n’y a pas de petites lâchetés quand j’écris. C’est plus honnête l’écriture. Même si, parfois, « je » n’est pas vraiment moi. Mais il est quand même une part de moi. Et « tu » ce n’est pas toujours toi, mais c’est quand même une part de toi.
Puis je trouve cela plus joli. C’est toujours plus joli par écrit. On a le temps de trouver le bon mot, celui qui provoquera une image, une émotion. Alors, finalement, je dis mieux, je communique mieux.
Par contre, tu as raison, j’écris plus souvent mes peines que mes joies. J’écris souvent dans la douleur. Ne m’en veux pas pour ça. Si tu ne veux pas lire, ne lis pas. Ne m’en veux pas pour ça, je ne fais pas exprès. C’est juste que, en ce moment, je n’ai pas autre chose à raconter. Attends, te méprends pas! J’ai des joies. J’en ai. Tous les jours. Mais petites, toutes petites. Alors, je ne les raconte pas. Parce qu’elles ne m’encombrent pas. Parce qu’elles ne prennent pas toute la place. J’écris sur ce qui prend trop de place. Sur ce qui m’envahit. Et, pour l’instant, elle ne m’envahit pas. C’est pas grave, c’est comme ça.

Tu te demandais pourquoi je ne disais pas dans la vraie vie ce que je dis ici? Pourquoi j’utilise ce blog pour communiquer, pour faire passer mes messages? Je vais te le dire, je vais répondre aussi à ça. Peut-être que ce n’est pas la réponse que tu attends, peut-être. J’écris ici parce que la vraie vie m’emmerde, elle me pèse la vraie vie. Elle m’étouffe la vraie vie avec ses petites mesquineries, ses grandes lâchetés, ses choses que tu dis sans les penser. Elle me ferait gerber la vraie vie avec ses communications mensongères, ses fuites, ses disparitions. Elle me blesse la vraie vie, parce que tu me blesses avec tes jeux, tes serments brisés, tes fausses victoires. Elle me tue la vraie vie avec son hyper communication pour finalement ne jamais rien se dire, toujours se cacher, toujours mentir et fuir, toujours s’aveugler. Je ne veux pas de tout ça. Je crois que je ne suis pas faite pour ça. Je ne veux pas communiquer avec ceux qui utilisent des mots sans en mesurer la portée, qui jouent avec les autres. Je n’ai pas envie. Je n’ai pas envie de dire pour me heurter aux silences, aux mensonges, aux censeurs, aux donneurs de leçons, aux manipulateurs. Je n’ai pas envie. Je ne joue pas à ça. Ici, au moins, c’est clair, limpide. Je monologue. Tu ne me réponds pas. Alors, je n’attends rien. Je dis juste ce que je dois dire, ce qui doit sortir de moi. Je suis protégée ici, parce que c’est chez moi, parce que tu n’es pas là. Tu n’as pas la clef. Tu rentres seulement si je t’y autorise.
J’écris pour rendre plus joli ce qui me donne la nausée. J’écris pour embellir, à ma façon. J’écris pour te dire ce que je pense de toi, joliment. Je ne pourrais pas le dire aussi joliment, en vrai. Parce que tu n’écouterais pas vraiment, on n’écoute jamais vraiment, parce que j’aurais été gênée par toi, moi, l’obligation de vitesse de la parole. Peut-être aussi parce que parfois je serais en colère, et elle fait dire des horreurs la colère. Ici, elle n’existe pas, parce que le temps de l’écriture la tue.
J’écris pour que tu partages avec moi ce que je ressens. Que tu le sentes, pour que toi et moi on soit réuni, le temps où tu me lis.
J’écris pour rendre la tristesse moins triste, pour rendre la laideur moins laide. J’écris pour embellir la vraie vie. Parce qu’elle n’est pas belle, pas toujours. Souvent en fait. Parce que la réalité est plus dure, plus crue que ce que je raconte. Parce qu’il y a plein de choses que je ne raconte pas, parce qu’elles sont trop hideuses. Je ne les écris pas car je ne veux pas m’en souvenir. Je n’aurais déjà pas voulu les vivre. Alors, je les chuinte, ou je les rends moins dures, je les embellies, je les tourne en dérision. Je garde pour moi les laideurs, les miennes et celles des autres, les tiennes: je ne veux pas les rendre vivantes, pérennes. Je ne veux pas te montrer ce que tu es vraiment. Je veux te rendre plus beau.
Tu vois, j’ai répondu à ta question. Je fais passer mes sentiments, mes émotions, mes idées ici parce que je ne supporte pas l’horrible pesanteur de la vraie vie et de ses cruautés. Je ne l’aime pas ta vraie vie. Elle me fait vomir.

Peut-être que tu ne comprends pas. Que tu me trouves ridicule, lâche, naïve. Que tu es déstabilisé parce que t’es pas habitué à cela, je ne suis pas comme tu voudrais que je sois, je ne suis pas dans ton moule. T’es pas obligé de me comprendre. Souvent, je ne te comprends pas non plus. Nous ne sommes pas obligés de nous comprendre. L’incompréhension ce n’est pas forcément de l’agressivité. C’est juste la possibilité de découvrir d’autres horizons. Mais, si ça t’agace tu n’es pas obligé de lire.
Je suis sans doute effectivement un peu ridicule, un peu lâche, un peu naïve. Trop entière. Oui. Mais, tu vois, je l’écris. Je l’avoue. En le faisant, ici, je rends cet aveu pérenne. Je ne pourrai pas revenir dessus. Je devrai assumer. Assumer mon imperfection, m’en souvenir, travailler dessus. Me voir sans fard. Naturelle. Et ce n’est pas toujours joli. Cela ne fait pas toujours plaisir de constater, de se constater. Mais, tu vois, je le fais. Je grince des dents mais je le fais. Je m’en souviendrai comme ça. Cela me poussera à l’honnêteté, à la droiture, quand j’aurai oublié et que je serai tentée par la mauvaise foi. Je crois que ça ne me fera pas plaisir. Tu pourras même me dire que je l’ai écrit. Tu pourras même utiliser ce que j’ai écrit contre moi. Mais c’est comme ça. Puis, je crois que c’est bien comme ça, car je n’ai pas envie de me cacher, je n’ai rien à travestir.
Alors, ce n’est vraiment pas grave si tu ne me comprends pas. On n’est toujours pas obligé de se comprendre. J’essaie juste de t’expliquer, de répondre à tes questions. Parce que j’ai envie qu’on puisse communiquer, même si on ne se comprend pas. Parce que je ne veux pas d’agressivité, de piques, de colère. Parce que j’ai envie de calme, de beauté.
Et toi, t’as envie de quoi?





					
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