Le graal par ci, le graal par mi.

Aujourd’hui, après avoir eu la joie de l’entendre à la radio, je m’attaque à la chanson à texte, oui, n’ayons pas peur des mots! Assez des Keen-V, place aux artistes, aux vrais. Voici donc Le graal de Kyo, tendance crypto-intellectuelle ouais, car chez Kyo on n’est pas des petits joueurs tendance Ridsa et compagnie.

Comme Indy j’ai cherché le Graal, la jeunesse éternelle
Le botox dans les veines
J’arrête de fumer et de boire chaque dimanche, chaque semaine
J’ai rechuté hier
Comme je le disais, chez Kyo on ne rigole pas avec la culture, qui comme chacun le sait, est comme la confiture.
Voici donc une référence à Indiana Jones mais, comme nous sommes face à une chanson cryptée, l’équivalent de la poésie dite hermétique, le parolier emploie le surnom de l’aventurier bien connu, créant ainsi une connivence avec l’auditeur, aka « t’as vu, entre gens culturés, on se reconnait ».
Là où le Benoit (ouais, je me suis un peu renseignée, c’est le nom du chanteur/parolier/danseur de coudes) est fort c’est dans la modernisation de la quête du Graal, dans l’actualisation de la recherche de l’éternité. De fait, le voilà s’injectant du botox dans les veines. Hyper courageux quand on sait que c’est une toxine qui paralyse. M’enfin, je suis mauvaise langue, ceci s’appelle une métaphore qui vise à nous faire comprendre qu’il est prêt à tout pour rester jeune et fringant. Pour cela, il s’emploie aussi à mener une vie saine, même s’il ne tient pas sur la longueur, comme l’illustre « j’ai rechuté hier ». Cela dit, on ne peut pas lui enlever le goût de l’effort.
L’auditeur averti comprend, dès ce premier couplet, qui en fait est le refrain, que la critique gronde… Ben a l’air vénère contre la société. Normal, c’est un rebelle.

Estomaqué par la beauté du spectacle
Je marche sur les braises
Sans le vouloir
Les choses se compliquent. Benito est donc tout esbaudi devant la beauté du spectacle. Lequel, on ne sait pas. Peut-être celui du botox dans les veines, c’est une piste. L’homme est mystérieux car il pense que cela fait de lui un chanteur à texte. Ne brisons pas ses illusions. Soyons altruistes.
Les deux vers suivants, qui n’ont aucun, mais alors aucun rapport avec le premier, montrent que Ben est une sorte de fakir, mais, attention, un fakir « à l’insu de son plein gré » comme dirait l’autre. Il marche sur des braises sans le vouloir. Oui. Remarquons que c’est un peu embêtant et qu’il est fort possible que ça fasse un peu bobo. Mais qu’à cela ne tienne, c’est un rebelle, bourré de botox dans les veines, et surement bourré tout court, ce qui explique sans doute l’absence de douleur.

Sans anesthésie se recoudre l’arcade
Un goût de coma
Le sang sur le carrelage
Oui! On continue dans le registre du guerrier invincible, tendance Bruce Willis! Après les braises, la suture à vif! Même pas mal. Quoi que, j’ai comme un doute… Le coup du coma me laisse penser que, éventuellement, la douleur pourrait être insoutenable. A moins que ce ne soit la vue du sang sur le carrelage. A moins que ce ne soit un coma éthylique. Je ne sais. Je ne sais pas non plus quel goût à le coma. Je suis d’ailleurs très surprise de  savoir qu’il en a un. Notons quand même que les vers n’ont toujours aucun rapport entre eux, à part un vague, très vague fil conducteur autour de… Ouais, nan, rien en fait. J’ai cherché mais je n’ai pas trouvé.

La vie est joueuse
Puisqu’elle sait compter les cartes
Mais dans ma manche se cache un cinquième as
Et voici une belle personnification, suivie d’une métaphore filée autour du jeu.On est content, ça s’enchaîne, il y a une logique.  Par contre, pour le lien avec les paroles précédentes et suivantes, on cherche toujours.
Alors, au vu du dernier vers, toujours sur le thème du rebelle, j’imagine que ce couplet est, en substance, une critique de la vie et de la société qui seraient des chiennes. Ouais, les méchantes jouent avec les nerfs du pauvre Ben. Heureusement, il va briser les règles du jeu et tricher pour s’en sortir. Ouais. C’est un anticonformiste, tenez le vous pour dit! C’est un intello qui écrit des chansons que personne ne comprend parce que les gens ils sont trop cons, ou pas assez soûls.

 

tout se mélange ici les hommes et les femmes
L’alcool et les corps
Les glaçons dans les flammes
Ah!!! Joie et bonheur, voilà la partouze! Je me disais aussi que ça manquait et qu’on n’y pensait finalement pas assez souvent. Donc les gens se mélangent, d’accord, super métaphore du coït, très fine. Par contre, pour les mélanges c’est juste pour les hétéros hein, merci, mais faudrait pas voir à déconner non plus. Y a des limites à l’anticonformisme, oh. On est rebelle mais pas trop.
Quand je disais plus haut qu’il était surement bourré -oui, c’est la seule excuse que je lui ai trouvée pour avoir commis ces paroles- j’avais raison, confère l’alcool.
Par contre, je ne vois pas bien le sens du dernier vers… Éventuellement on peut imaginer que c’est une pratique sexuelle avec les glaçons tirés du whisky-coca de Ben. Sinon, peut-être que c’est une image, un effet de style pour évoquer le fait qu’il se mêle au reste de la société, lui l’homme ardent puisqu’il a marché sur des braises. Tout est possible, c’est crypté qu’on a dit!

Quand on voit la Terre de l’espace on oublie ses problèmes
Mais j’ai les pieds sur terre
Je vois les anges depuis que Satan me tape sur les nerfs
J’y crois dur comme fer
Ouais, alors c’est clair que j’imagine que sur la station Mir on relativise un peu ses problèmes car on a surement un peu autre chose à foutre, enfin j’imagine hein, parce que j’ai quand même rarement vu la terre de l’espace. Bon, vu l’état du Ben, chargé de botox et d’alcool, je pense qu’il s’agit encore d’une métaphore -la seule figure qu’il maîtrise réellement, tiens, comme mes élèves…- pour nous dire qu’il plane et que donc il se détache des problèmes du commun des mortels. Cela dit, monsieur ne prend pas la grosse tête, il garde les pieds sur terre. Ou alors il est bourré, mais pas au point de gerber, il arrive encore à réfléchir. Que c’est beau cette opposition, ce jeu autour du sens dans ces deux vers! Que c’est fin! On dirait du Breton.
Ah, ouais, en fait, c’est sur, il est rincé. Le mec commence à voir des anges ce qui, a priori, n’est jamais bon signe. D’ailleurs, il est tellement déchiré qu’il a aussi des problèmes avec Satan. C’est chiant, parait qu’il est moyen sympa. Je suis navrée pour lui. Oh, wait! Satan, ça serait pas une image pour illustrer sa rebellion, l’alcool, son côté antisocial-tu-perds-ton-sang-froid? Apparemment il a quand même du mal à assumer son statut de paria auto-proclamé parce que ça lui tape sur les nerfs, c’est pour ça qu’il picole le pauvre! C’est pas facile la vie d’artiste intellectuel.
Par contre pour la dernière phrase, je suis en plein doute: je ne sais pas à quoi il croit dur comme fer… Surement au fait que la vie est plus belle vue de l’espace. Je ne vois que ça. Bon, si je m’enflamme je vais vous dire que le « dur comme fer » est la suite logique de la partouze, mais je vais passer pour une fille de peu et, quand même, ma mère me lit (coucou maman!), je voudrais qu’elle garde encore ses illusions sur sa fille.

Et pas d’autre enjeu que de biaiser un peu
Les règles du jeu jusqu’au bouquet final
Alors là, c’est juste magique. Je ne sais pas si vous voyez la maîtrise de la langue, le tour de force! Après avoir parlé de la vie qui est joueuse, il joue sur les mots, les sons en utilisant « enjeu ». Purée! Incroyable. Quant à « biaiser »: partouze, dur comme fer, jeux de mots, calembours et caetera…
La fin se fait en apothéose avec une métaphore pyrotechnique, ce qui n’est pas sans rappeler le feu cité plus haut. La chanson s’achève donc sur un bouquet final, un feu d’artifice langagier, clamant haut et fort qu’il sera rebelle jusqu’au trépas. Grandiose. Y a pas à dire, Ben sait écrire.

Comme je suis sympa, je vous mets le clip, qui vaut son pesant de cacahuètes. Bon, je cherche encore le rapport avec les paroles, mais peu importe. Le tour de force artistique réside dans les mimes du Benoit qui, parfois, nous explique les paroles avec ses gestes. Beh, ouais, des fois qu’on aurait pas bien tout compris. Puis il danse aussi… Enfin, je crois (par contre, grosse déception, pas de danse des coudes ici). Puis il chante aussi… Enfin, je crois qu’on nomme cela ainsi. Oui, oui. Même quand on fait de drôles de sons à chaque fin de vers.

 

(Par contre si quelqu’un a le numéro du barbu, faites passer.Merci.)

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