Le manuel de bonne conduite de la femme, ou quand “Naître femme est le pire des châtiments.” Federico Garcia Lorca Tome 2

  • Le cas du sexe.

Mesdames, cessez de ne pas vous respectez s’il vous plait. Etre une fille facile, c’est mal, c’est vilain-pas-beau. Devenez des filles difficiles! Respectez-vous bordel! Assez de coucher dès le premier soir bande de dépravées! Vous devez être une terre vierge, un continent sauvage sur lequel l’homme viendra planter son drapeau. Il est très sale, quand on est une fille bien, et pas une infâme gourgandine que la vérole guette dans l’ombre, de multiplier les partenaires et de les solliciter. Oui mesdames. L’homme aime le challenge, l’homme aime la conquête, l’homme aime la chasse. Il n’aime pas le gibier lui courant dans les pattes, et encore moins le gibier de seconde main.
Tel son ancêtre, Monsieur De Cro Magnon, le mâle a besoin de cueillir et de chasser pour se sentir homme. Il doit ressentir l’excitation du trapeur déployant de nombreuses ruses pour ramener son trophée, après de périlleuses aventures dans lesquelles il aura risqué sa vie. Il aime donc la viande sauvage, pas la domestiquée. Ainsi, soyez  farouches pour ne pas dévaloriser ces messieurs. Oui! Car quelle valeur avez vous si vous avez eu divers partenaires? Aucune! Et surtout, vous faites perdre de la valeur au mâle qui, comme de bien entendu, est unique et mérite ce qu’il y a de mieux, aka la pureté.
En effet, n’oubliez pas que si l’homme, lui, a le droit de multiplier les conquêtes et de coucher avec, à une vache près, tout ce qui bouge, vous n’en avez nul droit, sous peine d’être vouées aux gémonies. Vous devez respecter votre corps qui est un temple, naturellement, dédié à un seul dieu, le seul et l’unique, l’élu. Ainsi, il est vivement conseillé de cacher son désir, de le dompter. Une femme n’est pas censée être désirante. Elle ne fait que répondre au désir du mâle alpha. Donc, mettez vos envies dans votre poche avec votre mouchoir dessus et allez y pas à pas. Évitez de coucher avant le troisième rendez-vous, et, encore, y a des chances pour que cela soit un peu rapide. Ne venez pas vous étonner si le mâle vous méprise si vous vous donnez trop vite, je vous aurais prévenues.

Mise en garde: l’homme est prêt à tout pour coucher,  et donc vous faire céder avant le troisième rendez-vous, y compris à inventer tout et n’importe quoi pour vous faire croire que vous êtes différentes. En effet, il n’hésitera pas à vous faire miroiter qu’il cherche une histoire sérieuse, que vous êtes uniques, afin de vous mettre sous ses draps, pour mieux vous traiter de filles faciles après.  Ne croyez pas un traître mot du baratin sorti de sa bouche. Ne l’écoutez même pas, c’est dangereux.

Si vous ne devez surtout pas être désirantes, enfin, si, mais seulement une fois que le mâle aura décidé qu’il peut envisager un rapprochement sans que cela n’entache votre vertu, vous devez absolument être désirables. Qu’est ce à dire? Hé bien, tout d’abord, vous devez prendre soin de vous: pas de poil (vous n’êtes ni animal, ni un ewok bordel!), pas de bouton, des vêtements seyants mais pas vulgaires. Faisons une pause ici. Le mâle n’aime prétendument pas la vulgarité, et en a une définition toute particulière. Enfin,  quand il dit qu’il ne l’aime pas, c’est ce qu’il clame sur les toits, mais personne n’est vraiment dupe. Bref, la vulgarité est réservée aux filles de peu, aux filles faciles donc, qu’il aimerait avoir mais qu’il n’assume pas. La liberté des autres est en effet difficile à supporter. Soyez donc sexy, mais pas trop, ne tombez pas dans le piège de la vulgarité. Comme les frontières de celle-ci sont fluctuantes selon les gens, renseignez vous avant sur ce qu’aime l’homme convoité. De la même façon, le sexe masculin aime les filles « naturelles », c’est à dire pas maquillées. Oui, l’homme est naïf. Optez donc pour un maquillage discret et évitez le rouge à lèvres, surtout le rouge, qui vous classera immanquablement dans la catégorie des filles arpentant les trottoirs. Attention, s’il aime les filles « naturelles », il les aime aussi féminines. Mais pas trop. Oui, en bref, il nous emmerde. Ne croyez pas par contre que le mâle fera autant d’efforts que vous, n’oubliez jamais que c’est à vous de lui plaire, jamais l’inverse.

Une fois que vous aurez passé toutes les épreuves – il n’est pas inenvisageable que vous deviez passer un examen visant à vérifier l’état de votre hymen afin de prouver votre pureté-  et que vous aurez gagné le droit d’atterrir dans son lit sans que cela ne fasse de vous une pute, vous devrez vous adapter. En effet, sachez  que le vocabulaire du rapport sexuel  est essentiellement un hymne à la domination masculine. En effet, l’homme prend la femme, la saute, la baise, la tringle, la possède, l’honore. Bon, éventuellement, quand il est d’humeur romantique, il lui fait l’amour. L’homme est donc toujours celui qui fait, du moins dans les expressions, parce qu’en vrai c’est une autre histoire, mais ne nous égarons pas. L’homme est celui qui mène l’action pendant que, évidemment, la femme fait l’étoile de mer. Normal puisqu’elle ne fait que répondre au désir masculin et qu’elle n’est qu’une sorte de poupée gonflable devant assouvir les besoins naturels de ces messieurs.
Oui. Mesdames, l’homme vous possède. C’est beau, hein, ça fait rêver? Il vous pénètre et, hop, vous lui appartenez. Vous n’êtes plus qu’un objet dans ses mains viriles. Vous êtes à lui! Sienne, comme dans un épisode de   True Blood. Vous êtes son trophée. Estimez vous déjà heureuses de ne pas finir avec la tête trônant  fièrement sur le mur de son salon, s’il n’habite pas encore chez moman, bien entendu.  Quand vous êtes face à un romantique, il ne vous possède pas, ne vous baise pas, ne vous saute pas mais vous honore! Et là, là vous savez que vous avez ferré le top du top. Rendez-vous compte de la chance que vous avez: l’homme vous fait un honneur, à vous la pauvre fille avide de sexe, en vous pénétrant de son membre viril, de sa tumescence. Remerciez le et mesurez votre chance, bande de jamais contentes! Prosternez-vous, et plus vite que ça!
Il arrive parfois que le mâle se croit dans un film porno, c’est bien naturel, il en regarde souvent. Dans ce cas, il vous déglinguera, vous défoncera et autres joyeusetés. N’oubliez jamais, mais alors jamais, que vous n’êtes qu’un objet. Son attitude est donc normale, il ne fait que jouer avec ce qui lui appartient. Vous devrez donc supporter le coït en mode marteau-piqueur, et avec le sourire en plus. Dans tous les cas de figures, n’oubliez jamais la petite gâterie, indispensable, pour le remercier de sa gentillesse. Si vous ne la faites pas de vous même, ne vous inquiétez pas, il saura vous le rappeler subtilement en vous appuyant sur la tête, ou en chantonnant,  par exemple.

Parlons maintenant du plaisir. Le mâle veut que vous en preniez, non pas par altruisme, ne rêvez pas, mais pour son ego. Il n’est en effet pas question qu’il ne vous fasse pas jouir, cela voudrait dire qu’il est un mauvais amant. Oui, n’oubliez pas que l’homme fait, pendant que vous êtes une étoile de mer. Il est en effet de bon ton de ne pas trop prendre les choses en main, sous peine de lui faire peur ou de passer pour une gourgandine qui aurait eu une vie sexuelle avant lui. L’horreur!
Donc, l’homme a un but -enfin, pour la plupart- vous faire jouir. Cependant, il n’a pas encore compris que le mode marteau-piqueur ne vous fait pas grand chose, à part mal, souvent. De même, il ne sait pas que certaines pratiques vous laissent de marbre, ou, pire, vous donnent envie de commettre des meurtres épouvantables. Vous devrez donc faire semblant quand il vous « honorera » sans les mains, en mode 1-2-3 Soleil, quand il pensera que votre clitoris est un bouton magique sur lequel on peut appuyer comme un sourd, ou quand il vous fera un suçon au même endroit -évanouissement possible, quand il vous pétrira comme de la pâte à pain et j’en passe et des meilleures, je ne voudrais effrayer personne. Il conviendra donc de simuler, mais, s’il vous plait, de façon réaliste. Point de hurlement façon porno. Optez pour l’air  extatique et les gémissements discrets. Honorez son ego en somme, il vous fait bien l’honneur de vous sauter! Naturellement, n’avouez jamais que vous êtes une excellente actrice, cela entretiendra le mythe de votre mâle qui clame qu’avec lui jamais aucune femme n’a simulé. Il s’en serait rendu compte. Oui, je l’ai déjà dit, l’homme est un grand naïf. Bien sûr, vous vous serez probablement ennuyées à mourir durant  ce coït. Qu’à cela ne tienne, occupez votre temps! Faites votre liste de course mentalement, revoyez vos tables de multiplication, récitez-vous des poésies, bref, mettez le temps à profit. Ne vous plaignez pas, ne dites rien -l’homme serait atteint dans sa virilité et pourrait vertement vous remettre en place, pauvre fille- et, à la fin de ce merveilleux moment, souriez d’un air comblé. Quand il vous demandera si c’était bien -ils ont en effet toujours le tact de commenter leurs exploits, trop d’heures passées devant les chaînes sportives surement – hochez la tête et souriez bravement de l’air de celle qui ne peut même plus parler tellement, wahou. Inutile de dire la vérité, aka vous avez envisagé de décéder en avalant votre langue tellement c’était nul, car le mâle montera sur ses ergots, vous traitera de mal baisée -oui, c’est justement le problème, de salope ou de frigide. L’homme ne se remettra jamais en question car c’est le meilleur coup de la terre, cela va de soi et toutes les femmes avec qui il a couché ont joui d’abord! Si c’était nul, c’est forcément de votre faute.

  • Le cas du comportement.

Passé l’adolescence, vous allez rencontrer des hommes qui ont eu des relations avant vous.  Et, attention, il vous faut savoir quelque chose de capital! Le mâle a toujours vécu des ruptures pires que toutes celles que vous avez connues ou imaginées. Ce fut toujours pire pour lui que pour le reste des mortels. Ses souffrances furent des tourments indicibles à côté desquels ceux de l’enfer font figures de réjouissances de club de vacances. Ainsi, l’homme est brisé, il ne sait pas s’il pourra aimer à nouveau car il aimait son ex  plus que tout au monde, plus que lui-même, il a mal et s’il ne se comporte pas bien, c’est pas de sa faute à lui mais celle de la salope qui l’a ruiné. Oui, l’homme est un grand sensible, et vous ne pouvez pas comprendre puisque vous, chanceuses, avez toujours vécu au pays des licornes où tout le monde il est gentil et où les bisounours venaient vous consoler en cas de gros chagrin. Bim, un bisou magique et c’était reparti! Alors, vous êtes bien mignonnes, mais vous ne pouvez ne serait- ce qu’ envisager ce qu’a ressenti le mâle. Vous devrez donc comprendre et excuser ses manquements car il souffre, lui. Passez donc sur ses mensonges à répétition, fermez les yeux quand il passe ses journées sur les sites de rencontre alors qu’il vous a juré ses grands dieux qu’il s’était désinscrit -oui, l’homme croit que lui seul sait utiliser internet car il vous est aussi supérieur intellectuellement, écoutez ses logorrhées sur le respect qu’il vous porte -mais dont vous ne voyez jamais les preuves, bref, jouez l’idiote et l’infirmière. En effet mesdames, vous devez redorer son ego. Lui redonner confiance en lui, le choyer, le complimenter etc… Par contre, ne vous attendez évidemment pas à ce qu’il fasse la même chose pour vous! Ce que vous pouvez être ego centrées, ce n’est pas croyable! Cessez de penser à vous 5 minutes et prenez soin de cet homme merveilleux et blessé. S’il vous traite comme la dernière des merdes, soyez patientes! Il le mérite bien. Contentez-vous des miettes qu’il vous donne et dites merci, ingrates!  Ne croyez pas, naïves que vous êtes, que l’homme prendra le taureau par les cornes pour aller mieux, en prenant rendez-vous chez un psy, par exemple. Il se remettra tout seul, comme un grand, parce qu’il a une fierté quand même! Et n’imaginez pas qu’il va attendre d’être remis de son horrible rupture pour rencontrer d’autres femmes! Certainement pas! Il a besoin de conquêtes et n’hésitera pas à vous utiliser pour se soigner, et peu importe si vous n’avez rien demandé et s’ il vous fait souffrir. L’important c’est qu’il aille bien! Vous, on s’en tape.
Ne lui faites jamais remarquer que son comportement à votre égard laisse légèrement à désirer, comme celui de Staline avec son peuple, car il niera tout en bloc. En effet, l’homme ne se remet pas en question. Cela abaisserait sa virilité. Préparez- vous donc, si vous osez émettre l’ombre d’un reproche, à apprendre que tout, mais alors tout (la Syrie, l’augmentation délirante du salaire des fonctionnaires ces fainéants, sa rage de dents), est de votre faute. De toute façon, vous êtes vilaines. L’homme a toujours de très bonnes raisons pour s’être mal comporté. Non, d’ailleurs il n’a pas mal agi. C’est vous qui ne comprenez rien! Vous êtes médisantes, trop exigeantes et castratrices! Pour qui vous prenez vous à la fin? C’est d’un pénible, franchement! Et puis, d’abord, il vous avait prévenues, il vous avait dit qu’il allait mal. C’est pas de sa faute, merde! Il ne vous a jamais rien promis. Il n’a jamais voulu vous faire de mal, il ne l’a pas fait exprès, il s’excuse -oui, tout seul, comme un grand- mais vous êtes chiantes aussi. Bref, pour éviter de vous retrouver accusées de tout, bouclez la, ça vaudra mieux. Vénérez chacun de ses actes, chacune de ses paroles et monsieur sera comme un coq en pâte, c’est tout ce qui compte. Quant à vous… Ah non, c’est vrai, vous on s’en fout. Décidément, « naître femme est le pire des châtiments ».

 

 

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