Les mots des autres.

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je n’écris pas. Ah? L’autre elle est a un blog pour écrire mais elle n’écrit pas? Super. Oui. Aujourd’hui, je compile des textes d’autres, des textes qui me retournent le ventre en me disant que, peut-être, cela fera le même effet à certains… Parce qu’on a toujours besoin de belles choses.  Et puis, c’est drôle, car à bien y réfléchir, cela en dit  sans doute bien plus sur moi que quand j’écris… Il existe un proverbe qui dit: « Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es »…
Bon, par contre, désolée, mais ce n’est, je crois, pas toujours très gai. Ambiance du moment. Bonne lecture.

« Venge−toi, punis−moi d’un odieux amour ;
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois−moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper.
Voilà mon coeur : c’est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d’expier son offense,
Au−devant de ton bras je le sens qui s’avance.
Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m’envie un supplice si doux,
Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête−moi ton épée.
Donne. »  Phèdre, Racine.


 

« Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant » . Strophes pour se souvenir,
Aragon.


 

 » J’ai beau t’aimer encor, j’ai beau t’aimer toujours.
J’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour…
Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir,
Je ferai de nous deux, mes plus beaux souvenirs…
Je reprendrai la route, le Monde m’émerveille.
J’irai me réchauffer à un autre Soleil… » Dis quand reviendras-tu, Barbara.


 

« Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure. » Les yeux d’Elsa, Aragon.


 

« Ces bas qui tiennent haut perchés
Comme les cordes d’un violon
Et cette chair que vient troubler
L’archet qui coule ma chanson
C’est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir Jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu’on n’attend plus. » C’est extra, Léo Ferré.


 

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.  » Lolita, Nabokov.


 

« Souviens-toi,
C’était comme ça.
On les suivait
Pas à pas,
Les filles des jardins,
A l’ombre des colonnes,
Loin de tout,
Entourées de femmes et d’hommes
Aux tempes grises,
De femmes et d’hommes.
C’était comme ça.
On les montrait du doigt.
On leur parlait pas.
Les filles des jardins,
Quand elles étaient assises,
Vêtues de voiles, de simples chemises,
Dans l’ombre bleue-grise.

Pourquoi ont-elles changé ?
Le fruit est-il mangé ?
Sommes-nous des étrangers
Qui savent même plus nager,
Rejoindre la rive ombragée ? » Filles des jardins, Manset.


 

« Alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a crevé en moi. Je me suis mis à crier à plein gosier et je l’ai insulté et je lui ai dit de ne pas prier. Je l’avais pris par le collet de sa soutane. Je déversais sur lui tout le fond de mon cœur avec des bondissements mêlés de joie et de colère. Il avait l’air si certain, n’est-ce pas ? Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme. Il n’était même pas sûr d’être en vie puisqu’il vivait comme un mort. Moi, j’avais l’air d’avoir les mains vides. Mais j’étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sur de ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n’avais que cela. Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu’elle me tenait. J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison. J’avais vécu de telle façon et j’aurais pu vivre de telle autre. J’avais fait ceci et je n’avais pas fait cela. Je n’avais pas fait telle chose alors que j’avais fait cette autre. Et après ? C’était comme si j’avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. Rien, rien n’avait d’importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi. Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j’avais menée, un souffle obscur remontait vers moi à travers des années qui n’étaient pas encore venues et ce souffle égalisait sur son passage tout ce qu’on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais. Que m’importaient la mort des autres, l’amour d’une mère, que m’importaient son Dieu, les vies qu’on choisit, les destins qu’on élit, puisqu’un seul destin devait m’élire moi-même et avec moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il, comprenait-il donc ? Tout le monde était privilégié. Il n’y avait que des privilégiés. Les autres aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu’importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? Le chien de Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l’épouse. Qu’importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ? Qu’importait que Marie donnât aujourd’hui sa bouche à un nouveau Meursault ? Comprenait-il donc, ce condamné, et que du fond de mon avenir… J’étouffais en criant tout ceci. » L’étranger,  Camus.


 

« Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils. » Tu seras un homme mon fils, Kipling.


 

 

« Antigone
Oui, j’aime Hémon. J’aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s’il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s’il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu’il sache pourquoi, s’il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s’il doit apprendre à dire « oui », lui aussi, alors je n’aime plus Hémon !

Créon
Tu ne sais plus ce que tu dis. Tais-toi.

Antigone
Si, je sais ce que je dis, mais c’est vous qui ne m’entendez plus. Je vous parle de trop loin maintenant, d’un royaume où vous ne pouvez plus entrer, avec vos rides, votre sagesse, votre ventre. (Elle rit). Ah ! je ris, Créon, je ris parce que je te vois à quinze ans, tout d’un coup ! C’est le même air d’impuissance et de croire qu’on peut tout. La vie t’a seulement ajouté tous ces petits plis sur le visage et cette graisse autour de toi.

Créon, la secoue
Te tairas-tu, enfin ?

Antigone
Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j’ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans les yeux que tu le sais ? Tu sais que j’ai raison, mais tu ne l’avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

Créon
Le tien et le mien, oui, imbécile !

Antigone
Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n’est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, – et que ce soit entier – ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite – ou mourir. » Antigone, Anouilh.


« Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux, je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils s’approchent trop près du bord. Je veux dire, s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais l’attrape-cœurs et tout. » L’attrape-cœur, Salinger.


 

« Tout ce qui aurait dû surgir
Mais qui est resté sous terre
Tout ce qui nous faisait plaisir
Tout ce qui relevait de la chair
Tout ce qui était de l’ordre du désir
Mais qui est tombé en poussière
Tout ce qui peut advenir
Quand on ne fait plus de prières

Tous les matins où l’on veut vomir
Tout ce qui nous rendait si fiers
Tout ce qui devait nous faire rire
Et qui nous fait tomber par terre
Tout ce qu’on veut maudire
Tout ce pourquoi on jette des pierres
Tous les regrets qui veulent salir
Qui vous rejettent à la mer

Tout ce qu’on aurait dû se dire
Tout ce qu’on a cru bien faire
Tout ce qu’on aurait dû maudire
Tout ce qui devait rester derrière
Tout ce qu’on n’a pas vu venir
Tout ce qu’on a laissé faire
Tout ce qui aurait dû nous endurcir
Tout ce que nous ont appris nos pères

Désolé pour la poussière » Désolé pour la poussière, Miossec.

 


« Mais le renard revint à son idée :

– Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé… Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince : – S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.
– Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
– On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
– Que faut-il faire ? dit le petit prince.
– Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… » Le petit prince, Saint-Exupéry.


 

« Le temps est bon, le ciel est bleu j’ai deux amis qui sont
aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu nous n’avons rien à
faire rien que d’être heureux
Mon coeur est grand, grand, grand, grand comme le vent
Et je suis tendre, tendre, tendre, tendre pour mes amants
Je suis la fleur dans leur cerveaux
Le temps est bon, le ciel est bleu j’ai deux amis qui sont
aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu nous n’avons rien à
faire rien que d’être heureux
Mes deux amants sont beaux comme les arbres fous
Mes deux amants sont doux, doux, doux,
Je suis à eux de l’âme jusqu’à la peau
Les nuits sont longues les jours sont chauds
Je ne savais plus voir, je ne savais plus entendre, je
n’savais plus
Voici que je regarde, que j’écoute et je sais qui je suis,
je sais qui je suis
Le temps est bon, le ciel est bleu j’ai deux amis qui sont
aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu nous n’avons rien à
faire rien que d’être heureux. » Le temps est bon, Isabelle Pierre.


 

« Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien » Barbara, Prévert.


 

« Et nous sommes prisonniers de nos regards bidons.
Les monstres galactiques projettent nos bégaiements
Sur les murs de la sphère où nous rêvons d’amour
Mais dans les souterrains, les rêveurs sont perdants.
Serions-nous condamnés à nous sentir trop lourds ?
Soleil, soleil » Soleil cherche futur. HFT


 

« Combien t’es beau, combien t’es belle
Mais tu ne voyais même plus
Les yeux qu’elle avait pour toi
Quand tu lui gueulais dessus
En racontant n’importe quoi
Et nous médisions entre nous
Qu’elle ne méritait pas ça. » Combien t’es beau, combien t’es belle… Miossec

 

 

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