J’ai été bien silencieuse… Pourtant, j’ai entendu plein de magnifiques ritournelles -les tubes de l’été, ces grands moments musicaux- que j’ai gardé dans un coin de ma tête pour les commenter ici, j’ai continué à compiler les bons mots des autres, les tiens,  ainsi que les miens, j’ai été agacée par nombre de choses, enchantée par d’autres, bref mon silence n’a pas été synonyme de manque d’idées, ni d’ailleurs d’aphonie virtuelle.

Bon, y a plein de sujets dont j’aurais pu te parler tellement ils m’ont gonflée et me gonflent encore. Le burkini et la réforme du collège par exemple. Puis, bon, je me suis dit que ça serait mieux de ne pas me favoriser un ulcère à  l’estomac qui n’a rien demandé et qui pourrait éventuellement me servir encore un peu. Puis là, maintenant tout de suite, parce que c’est de saison, je pourrais parler des profs malgré ma crainte de l’ulcère. Je crois même que je vais le faire. Un peu, rapidement. t’es prévenu, t’es pas obligé de lire. Parce que j’en suis une. Une planquée, une fainéante, une fonctionnaire payée à rien foutre, mauvaise pédagogue, ne comprenant rien aux jeunes, contre toutes les réformes et détestant les élèves. Normal quoi. Comme tous les profs ces infâmes connards toujours en train de se plaindre et toujours en vacances. Ouais. Tu vois, c’est toutes les semaines que j’entends des trucs comme ça. Et, va savoir pourquoi, ça a tendance, à force, à me taper un tantinet sur le système, à favoriser un futur ulcère. Parce que les profs, ces fainéants, ces nullards, ces cons, bah ils participent à l’éducation de tes gosses, ou de ceux que t’auras. Ouais, à l’éducation, pas  qu’à l’instruction. Parce que des gosses pas éduqués, y en a. Partout. Alors, je sais, tu vas me dire que chacun éduque ses gosses comme il veut. Et je vais te répondre que non, pas quand ce manque d’éducation mène à casser les orteils de tout le monde. Mais bon, je suis une connasse de prof qui n’a rien compris à rien. Même à l’instruction… Parce que je fais des trucs trop vieux, pas assez « in », pas assez Marc Lévy. Pas grave, j’assume. Puis t’oublies un truc, c’est pas moi qui décide, je suis le programme. Bah ouais, comme une conne,  désolée. Bref, je digresse, je redeviens bavarde. Ce que je veux te dire, à toi qui critique les profs, les mettant tous dans le même panier, à toi qui penses qu’à notre place tu ferais mieux, parce que toi t’es pédagogue, parce que toi t’as tout compris, c’est que t’oublies pas mal de trucs. Ouais. Je vais même pas te parler de notre salaire, parce que tu vas me répondre qu’on fait pas 35 heures, nous les planqués. Alors je vais passer sur ce point, et sur d’autres parce que nos conditions de travail n’intéressent personne, parce qu’on ne sait que se plaindre, nous les geignards. Je vais juste te dire que nous, les larves, on transmet un savoir, une culture à des gosses. On les écoute, on leur apprend suffisamment pour qu’ils se débrouillent après. On console des gamines qui ont leur premier chagrin d’amour, on les engueule quand ils dépassent les bornes, on les fait rire, on rit à leurs conneries. On pleure avec eux parfois, on partage nos vies le temps d’une année, parfois plus. On est tristes le dernier jour, en juin ou juillet, quand ils quittent nos salles. On est heureux de les voir, après, quand ils sont partis. On leur apprend à réfléchir pour essayer d’en faire des adultes pas trop bancals… Alors, ouais, on est pas parfaits. Y a des brebis galeuses. Mais on essaie et pour beaucoup on fait de notre mieux. Du mieux qu’on peut et pas toujours dans des conditions rêvées, parce que parmi nous y en a qui sont envoyés à fort fort lointain de chez eux.  Alors, t’es gentil, mais tes réflexions sur les profs, garde les pour quelqu’un d’autre. Juste parce que ça me fatigue. Juste parce que c’est con et un tantinet aigre. Puis c’est laid l’aigreur. Si t’es jaloux, viens nous rejoindre, tu verras, c’est sympa, on branle rien et on est riche. Voilà, c’est dit. Je sais pas ce que ça va donner dans mon estomac d’avoir remué ça, mais hop, c’est fait et je sais pas trop pourquoi je te dis ça d’ailleurs. Bref.

Ouais, bref. Je voulais juste te dire que c’est la rentrée alors je vais revenir ici. Je vais sortir du silence, entre deux copies et préparation de cours. Je sais pas si c’est bien ou pas, mais me revoilà. Fallait juste que je te dise pourquoi j’avais perdu la voix… Il est venu… Il a fait un demi-tour et il m’a tendu mon manteau, enfin mon cuir. Parce qu’il lui plait mon cuir en fait. Il lui plait bien. Alors je me suis levée et je l’ai suivi. Et il est toujours là. Et je suis contente de l’avoir suivi. Parce qu’il a un putain de sourire. Parce qu’il est drôle. Parce qu’il est beau à l’intérieur et l’extérieur. Voilà, tu sais pourquoi je parlais plus. Tu sais pourquoi je me taisais, j’étais occupée. Joliment. C’est étrange, on partage jamais vraiment le bonheur. Je sais pas pourquoi. Peu importe, je viens de le faire avec toi…

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s