« Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé. « Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose. – Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause. – Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ? – Il importe si bien, que de tous vos repas Je ne veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.  » Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor. » La Fontaine

Je ne sais pas si tu t’es déjà fait la réflexion, mais il existe plein de choses auxquelles on ne fait pas attention. Ouais. C’est étrange comme truc, je ne sais pas à quoi c’est dû… Peut-être que ce sont des choses auxquelles on s’est trop habitué. Alors, on ne les remarque plus, pensant qu’elles ne méritent pas notre attention. Et c’est con. Oui, c’est con parce qu’elles ont leur importance. En ce qui me concerne, ce sont les bruits. Bon, faut dire que j’entends mal et que, du coup, certains bruits disparaissent, happés par mon ouïe cotonneuse. Mais quand même… Quand même, ils ont une importance, une poésie. Non, j’exagère pas. Ils sont poétiques par les images auxquelles ils renvoient, par les émotions qu’ils procurent. Tiens, le « tictictic » des pattes de mon chat sur le parquet est important, chargé de poésie et, la plupart du temps, je n’y fais pas attention, je n’en profite pas. Pas plus que le « crounchcrounch » de la même bestiole mangeant ses croquettes. Et pourtant… Pourtant, un jour, fort fort lointain j’espère, ces petits bruits du quotidien se rappelleront à moi car ils auront laissé place au silence assourdissant. Et, alors, je regretterais de n’avoir pas fait plus attention. De ne pas avoir plus profité de ce bruit habituel, rassurant. Tu te dis que j’ai un petit grain et tu te demandes pourquoi je parle de ça, comment j’en suis venue à penser à ça? Je vais t’expliquer. Il y a de cela quelques temps, la nuit, je me suis rendue compte qu’un bruit me manquait. Un bruit auquel je ne prêtais pas attention avant qu’il ne me manque. Ce bruit, c’est la respiration de l’amoureux quand il dort, tout prêt de moi. Je n’y avais jamais fait réellement gaffe, jusqu’à ce que je ne l’entende plus pendant quelques jours… Et cette absence de son, ce silence épais m’a empêché de bien dormir. C’est con sans doute. Mais c’est là, lors de cette nuit silencieuse que j’ai réalisé qu’il fallait prêter attention à toutes ces petites choses qu’on ignore parce qu’on imagine qu’elles seront toujours là, présentes. Alors qu’on sait que non, que rien n’est éternel. Alors, crois moi ou pas, mais depuis cette nuit là, je l’écoute sa respiration. Vraiment. Attentivement. Et je mesure pleinement ma chance de l’entendre toutes les nuits. Tu peux rire, te dire que je suis un peu niaise, c’est pas grave. Mais penses-y… Prête attention à toutes ces choses que tu n’entends plus et que tu ne regardes plus. Je crois que c’est important. Ouais, je crois que c’est important de s’arrêter un moment et de savourer ce qu’on a. Parce qu’on ne le fait jamais vraiment. On n’est jamais vraiment attentif à rien, toujours un peu ailleurs. Et on ne devrait pas…

Puis, tu sais, cette nuit silencieuse m’a fait penser à autre chose. Ouais, à la liberté. Enfin, à une certaine définition de la liberté dont certains nous rabattent les oreilles, fièrement. La liberté au sein du couple, l’indépendance. Parce que, et tu fais peut-être partie de ceux-là, y a beaucoup de gens qui clament partout où il peuvent qu’ils sont « libres », qu’ils peuvent être séparés de leur mec/nana et que c’est très bien comme ça, au  nom de la liberté. Ouais. Hé bien je vais te dire, moi j’aime pas ça. Attention hein, te méprends pas: je peux être séparée de mon amoureux, je le peux mais je ne le veux pas. Non. Je n’ai juste pas envie. J’ai pas envie de dormir sans lui, de ne pas entendre sa respiration et de me réveiller dans un lit vide, sans son sourire. Non, vraiment, j’ai pas envie. Je dois pas être libre, ou pas assez moderne, cool. Peut-être même que je suis rétrograde. Pire, je dois être fleur bleue!  Pas grave, j’assume. Ouais. Parce que pour moi ça n’a rien à voir, mais alors rien, avec la liberté. C’est pas ça la liberté. Puis, d’ailleurs, ça veut dire quoi d’employer ce mot à tour de bras? Hein? Parce qu’il me semble qu’il est un peu trop important ce mot pour être brandi au nom de la coolitude. Ouais. Car arrêtons de déconner 5 minutes: le couple n’est pas une prison, ce n’est pas une privation de liberté que de vivre à deux et ce n’est donc pas un retour à elle quand on est séparé de celui ou de celle qu’on aime. Non. Et, du coup, je dois t’avouer que les discours sur la liberté dans le couple me gonflent. Ils me gonflent parce que, finalement, ils réduisent le sens du mot à un truc trivial  quand d’autres sont vraiment prisonniers de situations ou de gens, et, en plus, ils sont assez méprisants. Bah ouais. Parce que du coup à dire que je n’aime pas être loin de l’amoureux, je passe pour une pauvre chose, absolument pas cool. Et le manque que je ressens fait rire. Bon. C’est pas grave, j’assume de pas être cool,je crois pas l’avoir déjà été ni avoir cherché à l’être. J’assume de ressentir le manque. J’assume de le lui dire. J’assume. J’ai pas envie de faire semblant, j’ai pas envie de véhiculer cette idée de la liberté et de l’indépendance. Je ne me sens pas prisonnière, merci. Et je me demande très sérieusement si les gens qui tiennent ce genre de discours ne sont pas prisonniers de leur coolitude, de l’image qu’ils ont construit de gens « indépendants » mais finalement terriblement dépendant de leur volonté d’être libres… Ouais. Je me demande et j’en sais rien, je n’ai pas de réponse. Je m’en fous en fait. Ça les regarde. Comme ne pas aimer être séparée de l’amoureux me regarde. C’est aussi simple que ça. Et la liberté elle est justement là… Dans le fait de se construire, de construire son couple comme on le veut, sans imposer aux autres notre point de vue, nos jugements, merci.  Parce que c’est pénible, et pas qu’un peu. Ouais, c’est pénible… J’ai de plus en plus de difficultés à supporter les avis imposés et les jugements en fait. Parce qu’ils visent, au fond, à nous façonner. A nous rendre autres, de façon insidieuse. A nous transformer pour être conformes aux idées de ceux qui nous les assènent. Oui. Les mêmes qui veulent être libres mais qui supportent mal que les autres le soient d’une façon différente  de la leur. Les mêmes qui ont le cou pelé à cause du collier qui les rattache à leur vision de la liberté…

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s