« L’enfer, c’est les autres ». Sartre.

Il déconnait pas quand même Sarte, je veux dire, il y allait pas avec le dos de la cuillère. Remarque, quand on lit Huis-clos on ne peut pas penser autre chose. Cela dit, tu noteras qu’il n’y a pas forcément besoin de lire cette pièce pour en arriver à cette conclusion… Ouais. Parce que, bon, tu vois, il suffit de vivre pour en arriver là. Pour penser ça je veux dire. Ouais, parce que, quand même, ce qui pourrit la vie au quotidien, c’est quand même les autres. Enfin, je parle pour moi. Et, en ce moment, je serais à deux doigts d’aller embrasser Jean-Paul pour cette phrase de génie, s’il n’était pas mort et enterré, cela va de soi.

Je vais te dire, les autres, ils me tapent sur le système. J’en viens à envisager de m’échouer sur une île déserte avec un ballon que je prénommerai Wilson, histoire de faire dans la référence culturelle. Au moins, je suis certaine que Wilson ne serait pas pénible, mesquin ou médisant. Ouais. Parce que ça me fatigue, et, crois-moi, en ce moment je n’emploie pas ce mot à la légère. Je suis fa-ti-guée. Et je peux te dire que les autres ne sont pas étrangers à cet état. Non mais sans rire, tu vois pas comme ils sont? Toujours là à balancer leur fiel dès qu’ils en ont l’occasion! Puis, attention, c’est pas forcément fait explicitement, ils manient l’implicite les autres, ils sont forts en sous-entendus. Ils balancent leurs petites bombes pleines de clous et hop, ils continuent leurs petites vies, contents d’eux-mêmes et de leurs sorties. C’est formidable! Ouais, parce que les autres, ils ont un avis sur tout. Puis, ils le partagent, surtout quand t’as rien demandé, parce qu’il est important leur avis, qu’est ce que tu crois! Ils savent, eux. Ils savent comment tu devrais vivre, ce que tu devrais penser, comment tu devrais te comporter. Bah ouais. Ils sont formidables eux. Toi, beaucoup moins, tu vois, évidemment. Alors, ils veulent t’apprendre, t’expliquer ce que t’as pas compris. Parce que t’as pas compris grand chose figure toi. Du coup, ils enseignent. Ce sont des maîtres en quelque sorte, des sages qui feraient de jalousie maître Yoda pâlir…

Alors, ils te disent que depuis que t’es en couple/que t’as un cochon d’Inde/que tu fais du macramé en compétition/que t’as enfin trouvé du boulot après 18 mois de chômage tu les appelles plus, ingrat que tu es! Bah ouais, merde, où te crois-tu à la fin! C’est pas possible d’être vilain comme ça, va te cacher, tu me fais honte! Attends. Non, attends, reviens! Je viens de me rendre compte d’un truc… Il t’a appelé l’autre avant de te dire ça? Ah, non, bien sûr. Il attendait que tu le fasses l’autre. Bah ouais, il le mérite bien, lui. C’est quand même pas lui qui allait appeler, il a déjà fait tant de choses pour toi quand t’étais au fond du trou, esseulé, sans ton cochon d’Inde et sans un rond. Et il a donné de son temps, l’autre. Ingrat qu’on t’a dit! Quoi que… Je me demande. Il exagère pas un peu l’autre? Il pourrait pas se réjouir pour toi, pour  ton nouveau bonheur? Non, apparemment. Parce qu’il faut croire qu’en étant heureux, tu lui enlèves un truc. Surtout si lui l’est pas. Parce que, tu vois, c’est drôle, mais y a pas un de mes copains qui m’a dit un truc comme ça… Comme quoi, ça doit dépendre des autres…

Puis, ils te disent aussi combien tes idées sont à chier, combien t’es pas assez ceci, assez cela, combien ta vie est pourrie finalement, combien t’es nul. Heureusement qu’ils sont là dis donc! Bah ouais, rends toi compte que grâce à eux tu vas évoluer et toucher du doigt le graal. Non mais quelle chance! Puis, hé, arrête de râler quand les autres, qui ne prennent jamais de tes nouvelles parce que tu es en couple/heureux propriétaire d’un rongeur/champion du monde de macramé les yeux fermés et les poings liés/en CDI te demandent de leur rendre un service! Mais qu’est ce que tu es égoïste! Bouh! Tu devrais te réjouir plutôt d’enfin pouvoir rendre au centuple à cet autre qui a tant donné pour ta petite personne nombriliste. Puis, t’as du temps toi! Tu fous rien, tu bosses pas beaucoup. Puis t’as du pognon, t’es blindé, alors tu pourrais être généreux, sale pingre!

Tu veux que je te dise ton problème? Nan? Bah c’est pas grave je vais te le dire quand même… T’es pas cool. T’es négatif. Peut-être même que t’es parano. Je me demande d’ailleurs si tu devrais pas te faire soigner. Parce que, bon, t’es pas assez tout et t’es trop sensible, trop susceptible. Parce que tout est forcément de ta faute. Pas de la faute des autres. Ils ont raison,  eux. Ils savent. Alors écoute, apprend! Ouais…
Enfin, non. Surtout, non. Parce que c’est pas le toi le problème en fait. Le problème c’est les autres. Ceux qui ne sont pas capables de se réjouir pour les autres, les envieux, les aigris, les monsieur-je-sais-tout, les rois de l’implicite parce qu’ils manquent de courage, les capricieux.  Ouais. Le voilà le problème. Parce que, clairement, c’est quoi de ne jamais se réjouir pour les autres? C’est quoi de balancer ses petites piques, là, à longueur de temps? Ça soulage? J’en sais rien. Je me pose la question, particulièrement en ce moment. Mais, je te le dis, y a une question que je ne me pose plus… Je ne me demande plus ce qu’est l’enfer. Je sais avec certitude que Sartre avait raison: l’enfer c’est les autres!

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